Hélène Romano, psychothérapeute, et Arnaud Dubedat, médecin généraliste, sont les invités du grand entretien d'Hélène Roussel et de Yael Goosz à 8h20.

Comment réussir un plan de déconfinement ? Remettre les enfants à l'école, réintégrer les personnes âgées ?

Pour la psychothérapeute Hélène Romano, le déconfinement inquiète autant que le confinement. "On sent qu’il y a une inquiétude plus forte au déconfinement qu’au confinement. Le confinement était imposé avec des règles strictes, le déconfinement entraîne des recommandations pas aussi claires. L’être humain a besoin d’un cadrage. Là ce n’est pas le cas, ça peut majorer une anxiété"

Pour les personnes âgées "Il va falloir réapprendre à faire les choses différemment tout en gardant un peu d’humanité"

Pour le généraliste Arnaud Dubedat , "ce qu’on constate dans nos consultations, et à domicile, c’est un syndrome de glissement pour les personnes âgées. Ils sont inquiets des messages délivrés, pas forcément très clairs et nos plus anciens patients ne viennent pas en consultation. Ils ont peur d’attraper la Covid-19. Mais si l’on met en pause nos soins de premier secours, on va affronter une (...) mortalité". 

Les visites dans les Ehpad ont été récemment ré-autorisées pour les familles voulant voir leurs aînés, avec des conditions de sécurité, mais il est trop tôt pour en mesurer les effets. "Mais les équipes font leur maximum pour garder du lien. Chaque Ehpad ayant des caractéristiques différentes, met en place cette autorisation de façon différente" explique le Dr Dubedat.

"Pour un certain nombre de personnes âgées on observe le syndrome de glissement, ne mangent pas, ne boivent pas. On avait l’habitude de voir ça dans des épisodes post-chirurgie ou accidents de la vie. Il va y avoir un gros travail des équipes, pour réapprendre à marcher, à se déplacer et à se parler. On fait attention à ne pas être trop proches d’eux, il va falloir réapprendre à faire les choses différemment tout en gardant un peu d’humanité", poursuit-il. 

Pour ceux qui vivent seuls, "le confinement est mortifère"

Hélène Romano a constaté un syndrome de glissement pour les personnes adultes qui vivent seules. "Quand on est à deux, il y a les enjeux de l’être, comme avec les enfants. Mais quand on est tout seuls il n’y a pas cette contrainte là. Le confinement est mortifère, il y a une perte de nos habitudes et ça peut réveiller des angoisses de mort, de séparation. Il y aura probablement des conséquences assez lourdes, qu’il va falloir anticiper dans le temps". Et poursuit-elle sans vouloir généraliser, "quand vous êtes parent, il faut se lever, faire le repas, faire attention aux enfants, faire le minimum. Si vous êtes solo, si vous vous laissez aller et que vous vous dites que vous ne servez à rien, personne ne vous obligera à vous lever. 

Le docteur Arnaud Dubedat, rappelle qu'il y a une augmentation des actes de violences intra-familiales, "des femmes qui arrivent à venir nous voir, nous téléphoner pour parler de leur détresse. Maintenant, en général c’est plus facile à plusieurs tant que les familles ont un peu de place et peuvent s’isoler pour pouvoir décompresser. A plusieurs, on peut s’occuper de façon intelligente". 

Les enfants, "le président de la République aurait pu faire une allocution pour eux"

Hélène Romano estime que les enfants "sont les grands oubliés. Il aurait été intéressant que le président de la République, qui est très à l’aise avec eux, fasse une allocution pour les enfants, sur ce qui les concernaient eux. Les enfants sont très touchés par les bouleversements extérieurs, mais ne vont pas les exprimer comme les adultes. Il y aura des troubles anxieux, probablement, de phobie scolaire, des rituels de lavage. Il va falloir être attentifs aux bouleversements, aux troubles anxieux des enfants". 

Faut-il ou non les remettre à l'école, Arnaud Dubedat ne donne pas de conseil. En revanche, tout comme Hélène Romano, il pointe les faiblesses des services de psychiatrie, sous dimensionnés et débordés, et celles des services de santé scolaire et universitaire.

Pour Hélène Romano, "Le service de médecine scolaire est indispensable mais a été sacrifié par les différents gouvernements. Le ministère de l’Éducation ne se donne pas les moyens d’avoir ce service de médecine scolaire universitaire. c’est un vrai problème pour les chefs d’établissement, les enseignants. Il faut une vraie réflexion du ministère et ne pas être une simple étiquette ou un flyer donné en début de rentrée scolaire. L’écoute psychologique, ce n’est pas que de la bonne volonté, on peut épuiser psychiquement, sur victimiser les gens. La souffrance psychique nécessite la présence d’un professionnel". 

Pour Arnaud Dubedat, "Les services de psychiatrie, les psy de villes sont surchargés en terme de travail. Ce qui est évident, demain encore plus qu’aujourd’hui, il y aura beaucoup à faire. Il va y avoir des choix politiques, on regardera ça de près en tant que professionnels de santé". 

  • Légende du visuel principal: Confinement © AFP / Céline Gaille / Hans Lucas
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