Jean-Louis Bourlanges, député Modem des Hauts-de-Seine et ancien député européen, est l'invité du grand entretien, au lendemain d'une crise politique entre la France et les Pays-Bas.

Au lendemain d'une situation de crise entre la France et les Pays-Bas, qui ont annoncé leur entrée au capital d'Air France - KLM, Jean-Louis Bourlanges estime que la situation est caractéristique de ce qu'est l'Europe aujourd'hui. "Les rapports entre les États n'ont jamais été aussi mauvais. Vous voyez l’extrême climat de tension autour du Brexit et là on voit cette hargne assez grande des Néerlandais".

"On ne joue plus les usages, on ne se connait plus dans le club. C’est extrêmement grave. J’ai connu une Europe où quand on était en désaccord, les chefs d’Etat se réunissaient, ils s’entendaient bien, l’un disait “j’ai un problème” et les autres demandaient comment on pouvait l’aider", explique-t-il. "Là on a une situation de tension extrêmement préoccupante, qui correspond à la tension qu’on constate à l’intérieur de nos Etats", que l'ancien député européen lie profondément à la situation à l'intérieur des États : 

"On a une brutalisation des rapports internationaux et des rapports démocratiques dans nos sociétés qui est extrêmement préoccupante et injustifiée". 

"Il y a tout un esprit de coopération, de bonne volonté, qui est en train de disparaître, même pas au profit des intérêts nationaux", explique Jean-Louis Bourlanges, qui rappelle que "on a construit l’Europe au lendemain des désastres des deux GM pour introduire de la civilisation pour nos rapports. On n’a pas fait disparaître les Etats, ce sont eux qui mènent la danse mais dans un climat de coopération, de multilatéralisme, d’échange de bons procédés", et note que malgré tout, "au moment où cette atmosphère se dégrade, en même temps l’union monétaire a été plébiscitée par tout le monde".

Sur le Brexit - qui doit entrer en vigueur le mois prochain - le député estime que c'est au Royaume-Uni de savoir ce qu'il veut vraiment. Et sur la question d'un éventuel report, il prévient : "Ça pose un vrai problème juridique, avec les élections européennes du 26 mai : vous imaginez organiser des élections européennes au Royaume-Uni aujourd’hui ?" Que préconise-t-il ? "Rien, parce que je crois que dans cette affaire ce sont les Britanniques qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Il faut qu’ils nous disent où ils veulent mettre la frontière, soit entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Sud, soit entre la Grande-Bretagne et l’Ulster [c'est-à-dire l'Irlande et l'Irlande du nord, ndlr]. C’est à eux de décider".

Il se dit pour sa part favorable au BRINO, le "Brexit only in name", qui collerait au maximum à la situation antérieure. 

Des philosophies parlementaires différentes

Le risque, selon Jean-Louis Bourlanges, c'est que l'Europe soit aujourd'hui isolée : "Nous avons été depuis la guerre protégés par les Américains des Russes. Ensuite la menace russe a disparu, les Américains se sont éloignés, et maintenant toutes les menaces reviennent et nous sommes seuls au monde". 

Il prône ainsi le modèle européen et son parlement, "le seul endroit où tout le monde est représenté, et où l'on prend des décisions à la majorité". Un fonctionnement différent des parlements nationaux, selon lui : "Dans l'Union européenne, le Parlement et le conseil doivent être d’accord pour qu’une mesure passe. On nous envisage. Alors qu’au parlement national l’opposition et la majorité se dévisagent, et de toute façon on a unité du pouvoir, vous devez suivre le gouvernement". Et la situation actuelle est d'autant plus complexe selon lui que "la droite et la gauche ont disparu corps et âme" parce que les clivages qui les séparaient n'étaient plus les mêmes. "Mais ce clivage n'a pas été remplacé", ajoute-t-il. 

"Il y a deux façons de structurer la majorité. Soit avec une alliance à la Merkel, on prenait une gauche modérée, une droite modérée et un centre, et on formait ce système enraciné dans le pays. En France, le choix a été fait de marginaliser le MoDem, et deuxièmement d’avoir un parti entièrement vertical : la REM, c’est une courroie de transmission branchée sur le gouvernement", déplore-t-il. "Il faut que le gouvernement trouve à l'Assemblée des gens avec lesquels il doit négocier : la facilité dont bénéficie le gouvernement pour avoir une majorité, c'est un poison pour lui", ajoute-t-il.  

"Une crise du partage"

Pour Jean-Louis Bourlanges, "la crise de l’Europe et la crise des nations vont de pair. Ils organisent leur dissidence par rapport à l’UE et en même temps le Royaume-Uni implose. Partout vous avez une tendance à vous replier sur des communautés de plus en plus étroites, le modèle de ça c’est la ZAD, et en réalité on est dans une vraie crise du partage". 

"Le progressisme repose sur une idée, celle que l’avenir c’est le progrès. Or à bien des égards je trouve que l’avenir est une régression : Trump est une régression, le recul du multilatéralisme, le populisme, sont des régressions. Le progrès se conjugue au futur antérieur. Ce que nous avons inventé au lendemain de la seconde guerre mondiale est formidable", rappelle-t-il. "La crise des nations est au moins aussi profonde que celle de l’Europe : on est dans une crise du partage, où nous ne reconnaissons plus les uns les autres, nous n’avons plus l’appétit d’aller les uns vers les autres".

  • Légende du visuel principal: Bourlanges © Radio France /
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