Gilles Kepel, politologue, spécialiste de l'Islam et du monde arabe contemporain, est l'invité du grand entretien d'Ali Baddou à 8h20.

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a annoncé une réunion en urgence vendredi des ambassadeurs des 29 pays de l'Otan, au lendemain de la mort de 33 militaires turcs dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime syrien dans la région d'Idleb (nord-ouest de la Syrie).  Pour Gilles Kepel, "ce sont des armes russes qui ont tué 33 soldats turques, ce n'est pas anodin". 

Les tensions russo-turques aujourd’hui sont à leur maximum

Si la Turquie n’obtient satisfaction, notamment lors de la réunion de l'Otan ce vendredi, "elle peut ouvrir ces frontières migratoires, et on a vu que l’arrivée de grand nombre de réfugiés syriens en Allemagne s’est traduit par une montée de l’extrême-droite, ce qui rend le gouvernement totalement impuissant à faire une coalition". 

La Turquie a exhorté vendredi la communauté internationale à mettre en place une zone d'exclusion aérienne dans le Nord-Ouest de la Syrie pour empêcher les avions du régime syrien et de son allié russe de mener des frappes.

De leurs côtés les Etats-Unis appliquent une doctrine de désengagement total de cette zone.

Gilles Kepel conclut en faisant remarquer qu'en Russie, "les gens qui connaissent bien la région, ont l’oreille du pouvoir. Poutine s’appuie sur eux ; en France ce qui est déficient, c'est la qualité du rapport entre les décideurs et ceux qui connaissent. je suis une voix qui prêche dans le désert, j’en ai conscience".

Communautarisme ou séparatisme en France ? 

Gilles Kepel, revenant sur les déclarations d’Emmanuel Macron sur le séparatisme dans la République, comprend qu’"il y a des groupes qui considèrent que l’allégeance à la république n’est plus leur affaire", "mais ils sont très minoritaires y compris chez les islamistes" explique-t-il, "je comprends ce que le président veut dire, mais là n’est pas le clivage principal". 

Il poursuit : "il y a parmi les mouvements islamistes actifs dans les municipales, quelques groupe qui présentent des listes, et certains individus qui souhaitent un  poste d’adjoint au logement, ou de responsable des sports, pour une clientèle qu’ils vont favoriser, et des fonctionnements en dissidence avec des idéaux républicains"

Ce serait bien que les décideurs politiques puissent s’informer un peu plus, et travaillent d’avantage

Le professeur, directeur de la Chaire Moyen-Orient Méditerranée estime qu'il faut apprendre l'arabe à l'école.  

"La langue arabe est perçu comme le cheval de Troie de l’islamisme et du djihad; ce n’est pas pour cela qu’il faut laisser l’arabe aux mains des islamistes. Je milite pour que l’enseignement de l’arabe soit assuré par l’Education nationale, un enseignement laïque, car aujourd’hui ce sont des religieux qui l'enseignent, et en font une langue de prédication".

La langue arabe n’est pas prisonnière du djihadisme, pas plus que la langue de Goethe ne l’est de Mein Kampf. 

  • Légende du visuel principal: Gilles Kepel © AFP / Ulf Andersen
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  • Gilles KepelPolitologue, spécialiste de l'islam et du monde arabe
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