Le député européen LREM Pascal Canfin est l'invité du grand entretien à 8h20. Pressenti pour prendre la tête de la commission environnement au Parlement européen, il revient notamment sur les mesures votées par l'Assemblée sur le logement.

Alors que la France subit une vague de canicule qui a poussé Météo-France à mettre plusieurs départements en vigilance rouge, l'eurodéputé Pascal Canfin estime que "nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de la souffrance climatique. Au printemps, il y avait un état d’urgence sur le manque d’eau dans le nord de la France. C’était inimaginable il y a quelques années. Les mesures de restrictions de l’eau, on les retrouvait il y a peu dans le sud en fin d’été". 

Ce que disent les scientifiques c’est que le climat s’est déréglé d'un degré. Si on ne change pas de modèle, la perspective c’est à la fin du siècle, 3, 4, 5 degrés. Il faut tout repenser.

Il estime que le vote de l'Assemblée nationale, qui a adopté "l'état d'urgence climatique", exige qu'il "faut en tirer les conséquences. C'est la mobilisation générale : on entre dans une nouvelle ère où il faut profondément changer nos habitudes". Paraphrasant Barack Obama quand il était encore à la Maison-Blanche, il juge que "on est aussi la première génération à avoir toutes les solutions entre les mains : on sait faire des énergies renouvelables pas chères, on sait faire du bio à grande échelle".

Il cite ainsi le changement des règles du jeu sur le logement, en cours de vote à l'Assemblée nationale : "A partir d’une certaine date, 2023, vous aurez de plus en plus de difficultés à pouvoir louer un logement qui sera considéré comme “indécent” en termes climatiques. Vous ne pourrez pas le mettre sur le marché". 

Si on veut que les propriétaires fassent les travaux, il faut laisser le temps. Mais il faut que le signal soit extrêmement clair. 

Il évoque également le fait que le loyer ne pourra plus être augmenté, et ce dès à présent, pour les logements considérés comme des "passoires thermiques". En revanche, il se dit "très frappé par les différents lobbies comme la FNAIM pour détricoter toutes les mesures pour durcir les règles du jeu. Si on est dans un état d’urgence écologique, donc il faut une mobilisation de générale de tout le monde, y compris de ceux dont ce n’est pas la position historique, comme les promoteurs immobiliers". 

Peut-on réussir le défi sans une écologie punitive ? Pour Pascal Canfin, tout dépend ce que l'on met derrière ce terme : "En 2040 en France, on ne pourra plus vendre de véhicules diesel ou essence. Ca va accélérer la transformation. Est-ce que c’est punitif ? Non, parce que ça laisse le temps de s’adapter. Est-ce que c’est extrêmement clair avec un cap fixé ? Oui". 

Il ajoute que les incitations individuelles ne sont plus suffisantes : "Nous n’arrivons pas, collectivement, à atteindre nos objectifs. On s’est entièrement reposés sur l’incitation individuelle : “ce serait bien que les propriétaires fassent les travaux, et on va leur donner un crédit d’impôt”. Ça ne marche pas. Il faut tirer des leçons et passer à des règles plus contraignantes." Ainsi, sur l'exemple des vignettes Crit'Air 5 interdites dans Paris et sur le périphérique, il explique que le cap est clair mais qu'il ne faut pas aller trop vite.

Sur la taxe carbone, assurant qu'elle n'est pas abandonnée mais que seule son augmentation est "mise entre parenthèses", il détaille : "Pour rendre ça acceptable, il faut un accompagnement : le fait que les Français puissent se passer de leur voiture, donc investir dans les transports en commun. Sur le quinquennat, quatre cinquièmes des investissements dans les transports seront sur les transports verts. (...) On ne pourra repartir de l’avant qu’à deux conditions : que le conseil de participation citoyenne refasse des propositions, et qu’éventuellement ça puisse aller à un référendum pour mettre les Français face à leurs responsabilités, et qu’il y ait un accompagnement."

Ce sont les deux jambes : celle de l’accompagnement financier, et celle du durcissement des normes. C’est la grande leçon de la crise des “gilets jaunes” et de la crise climatique dans laquelle on est. 

Pressenti pour prendre la tête de la commission environnement au Parlement européen, il explique que la place des Verts est au sein d'une alliance : "On ne peut pas dire qu’il y a état d’urgence écologique, qu’on doit tous se réunir, et considérer qu’il n’y a qu’un seul parti qui pourrait contribuer voire réussir cette mobilisation générale. Depuis le début nous avons dit que nous voulons un contrat de coalition à quatre partis au PE, que je suis en train de négocier. J’espère que les Verts seront à bord."

Interpellé par un auditeur sur la question des accords internationaux, il assure que la France ne traitera ni avec les États-Unis ni avec le Brésil si ceux-ci décident de sortir de l'accord de Paris. Quant au CETA, conclu avec le Canada, il devrait inclure un "veto climatique" : "Aucun investisseur canadien ne pourra se prévaloir d’une des dispositions du CETA pour attaquer un Etat européen en justice, parce qu’on mettrait une contrainte au nom du climat", assure-t-il, après avoir souligné les incohérences y compris dans le studio de France Inter. 

Enfin, interrogé sur les rapports avec le monde de l'agriculture, il déclare : "Si on veut sortir de l’affrontement culturel entre les agriculteurs et les écologistes, et se renvoyer à coups de procès ou d’invectives, il faut trouver une nouvelle règle du jeu. Cette règle, on ne la trouvera pas contre les agriculteurs, de la même manière qu’on ne fera pas bouger la société contre les Français". 

  • Légende du visuel principal: Pascal Canfin © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN
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