Laurent Nuñez, coordonateur national du Renseignement et de la lutte contre le terrorisme, est l'invité du Grand entretien de France Inter. Il évoque l’attaque à l’arme blanche qui a fait deux blessés vendredi à Paris et ce qu’on sait de la menace terroriste en France.

"Il est évident que la menace est montée en puissance", estime le coordonnateur national du Renseignement et de la lutte contre le terrorisme. "Nous sommes à la fois dans la période du procès Charlie, on a bien vu que sur les réseaux sociaux il y avait de plus en plus d’appels à la violence, la propagande d’Al-Qaida et de l’État islamique pour appeler à des actions violentes. La menace est montée en intensité, ce qui a poussé les services de renseignement à resserrer la surveillance des individus connus et suivis, un dispositif lourd de protection personnelle, et une protection renforcée de lieux symboliques. La vigilance est de mise, elle ne faiblit pas, elle n’a jamais faibli."

Il estime aussi qu’il n‘y a pas eu de relâchement sur ce lieu de l’attaque, proche de l’ancien siège de Charlie Hebdo. "Charlie Hebdo n’était plus dans cette rue, après l’attentat de janvier ils se sont installés au siège d’un quotidien, puis ont déménagé dans d’autres lieux. Ils n’y étaient plus depuis plusieurs années", rappelle Laurent Nuñez. "Deuxièmement, nous n’avions pas connaissance de menaces caractérisées sur ce site. Troisièmement, les dispositifs qui sont déployés par les forces de sécurité ne sont pas forcément des dispositifs statiques. La plupart sont dynamiques, des patrouille mobiles qui permettent de couvrir beaucoup plus de points et d’être beaucoup plus efficaces."

"La reconnaissance du statut de mineur isolé se fait selon une procédure très précise"

Sur le profil de l’assaillant, il ne peut guère entrer dans les détails. "Vous comprendrez qu’il y a une enquête en cours, moi il ne m’appartient pas de donner d’éléments. Ce qu’on sait, c’est qu’a priori on est plutôt sur un acteur isolé, on étudie son relationnel pour voir s’il a eu une influence. C’est probablement de la menace endogène, pas quelqu’un qui a été projeté pour commettre cette action mais une personne déjà sur le territoire national. C’est conforme aux dernières attaques que nous avons connues. C’est un individu qui n’était pas fiché S. Et son mobile, il est terroriste au regard de l’endroit où a été commis cette action, au regard du moment, et du mode opératoire."

Était-il un mineur isolé ? Il avait en tout cas obtenu ce statut, et Laurent Nuñez le rappelle, la procédure est stricte : "La reconnaissance du statut de mineur isolé, elle se fait selon une procédure, elle est très précise et fait intervenir la préfecture, les conseils départementaux, parfois un magistrat pour demander la réalisation de tests osseux. Sur une année donnée, vous pouvez avoir 50 ou 60.000 demandes, et ne sont reconnus mineurs isolés que 20.000 mineurs, après des vérifications exhaustives."

Des profils "beaucoup plus difficiles à détecter pour les services de renseignement"

Que peut faire l’État face à ce genre de terrorisme ? Les mailles du filet doivent-elles être resserrées ? "Les mailles du filet, depuis 2017, nous n’arrêtons pas de les resserrer. La lutte contre le terrorisme ne faiblit pas. Depuis 2017, le PR a renforcé les effectifs des services de renseignement spécialisé, les moyens budgétaires ont été augmentés, ce qui permet de renforcer les surveillances techniques des individus dans la radicalisation violente, et puis nous avons des moyens juridiques qui ont été prévus avec la loi anti-terroriste. Ce à quoi nous sommes confrontés, c’est que de plus en plus nous avons affaire à des individus présents sur le territoire, qui passent à l’action inspirés par la propagande de Daesh, qui de plus en plus souvent ne sont pas connus des services donc ne font pas l’objet de suivi préalable. Souvent, ils n’ont aucun contact avec la zone syro-irakienne, donc ils ne sont pas détectés à ce titre. Donc c'est beaucoup plus difficile à détecter pour les services de renseignement."

"Il n’y a pas d’impuissance, nous continuerons notre action, mais elle est de plus en plus difficile", assure le coordinateur national du Renseignement et de la lutte contre le terrorisme. "Mais les attaques projetées, comme celles des attaques terroristes de 2015, sont devenues moins probables."

  • Légende du visuel principal: Laurent Nunez © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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