Jean-Pierre Mignard, avocat et président du comité consultatif d'éthique, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

"Le grand débat, sans doute aurait-il fallu l'avoir bien avant" a estimé sur France Inter, lundi matin, l'avocat Jean-Pierre Mignard, ami proche de François Hollande, l'un des premiers soutiens d'Emmanuel Macron dont-il dirigea le comité d'éthique pour les campagnes présidentielles et législatives.  

Sur ce point, à la suite de la victoire d'Emmanuel Macron, avons nous peut-être été trop péremptoires ? Trop décisif dans nos intentions ?

"Il est exact que ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron n'était pas ceux de tous qui ont voté au premier tour. Ensuite, il y a eu la ratification législative mais entre le programme annoncé, que j'ai défendu, et tous les Français qui se sont associés, tous ceux qui ont permis la victoire, il fallait sur ce point sans doute apprécier qui ils étaient, ce qu'ils voulaient. La politique c'est peut-être aussi savoir écouter et nuancer" a estimé Jean-Pierre Mignard.  

L'avocat a estimé que, par exemple, sur la hausse des carburants, "on a mal apprécié" : "C'était quand même extravagant de faire supporter à des gens qui ne pouvaient utiliser que leur voiture une hausse de leur diesel alors que pendant des dizaines d'années ont leur disait de n'utiliser que ça, qui plus est de voir que l'argent collecté n'allait pas seulement à la transition écologique mais aussi remplir les caisses de l'État". 

L'usage des lanceurs de balles "pose question"

Affirmatif sur la question du maintien de l'ordre -"L'état a le monopole de la violence sinon nous ne sommes pas dans la démocratie et dans un état de droit" -, Jean-Pierre Mignard rappelle tout de même qu'il faut rester dans le cadre, justement, d'un état de droit. "Sinon cela devient une violence arbitraire et brutale ! Donc il faut qu’elle soit proportionnée, maîtrisée, organisée et prévue par la loi. Je pense que dans un certain nombre de cas, face à des faits de violence évidents commis par les manifestants, des limites ont quelques fois été dépassées. Notamment, l'usage des lanceurs de balles de défense pose question.

"Il est anormal qu'il y ait eu autant de blessés. Beaucoup aussi de blessés policiers, je ne suis pas aveugle, mais je vois aussi des gens avec un œil ou une main en moins et ça pose une vraie question d'ordre public" poursuit l'avocat. 

Attention, c'est très dangereux ces lanceurs de balles de défense et il y a oui, un usage non contrôlé.

Interdire les "LBD" ? Vu l'ampleur des événements, "ça peut être un moratoire" estime-t-il. "Il peut y avoir une mission parlementaire, des experts en balistique, des professeurs de médecine pour apprécier si oui ou non cette arme convient à la protection de l'ordre public dans un pays comme le nôtre."

"C'est aux juges qu'il revient de condamner et protéger les libertés, pas les préfets"

La loi anti-casseur, en ce moment étudiée à l'Assemblée nationale, comporte une mesure qui attire l'attention de Jean-Pierre Mignard : "Il y a une question importante et je ne sais pas si elle va subsister au débat. C'est la possibilité donnée aux préfets de pouvoir mener des interpolations préventives de personnes en fonction de leurs opinions radicales. Mais je ne sais pas ce que c'est qu'une opinion radicale : on a une opinion radicale en fonction des gouvernements en place ! Pour moi, soit on commet des faits et ce sont des délits, l'on est jugé, condamné, il y a un casier judiciaire et une liste des personnes condamnées pour ce type de faits. (...) Et il me semble que c'est aux juges qu'il revient, à la fois de condamner et protéger les libertés et non les préfets."

 

"J'ai le sentiment qu'on veut satisfaire l'opinion et les fonctionnaires, qui pour un certain nombre d'entre eux ne se laissent pas abuser d'ailleurs. (...) Je suis peu enthousiaste à cette prolifération de textes."

  • Légende du visuel principal: Jean-Pierre Mignard © AFP / Thomas Samson
Les invités
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.