La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury est l'invitée de Nicolas Demorand à 8h20

Cynthia Fleury, invitée du Grand entretien le 15 décembre 2019
Cynthia Fleury, invitée du Grand entretien le 15 décembre 2019 © Radio France / France Inter

Que retenir de la période de confinement dont les Français sortent ? Pour Cynthia Fleury, "ça a été un grand moment réflexif commun, collectif, c’est rare, dans ces temps d’accélération". 

Et puis c’est la revalorisation de l’état social. "Ce qui ressort grandi, c’es t l’état de droit c’est les valeurs du partage de la l’information, la coopération. Plus négatif,  je remarque la déraison sécuritaire et sanitaire. Nous avons eu un plaidoyer pour la vie, mais ça a été pour l’indivisibilité de la vie,  nous avons eu un biais, qui a été de dire quand on défend la vie, on défend uniquement la vie biologique, et ça c'est mortifère". 

Pour Cynthia Fleury va s'ouvrir maintenant une période de "de rattrapage, de déclassement et dépréciation, une succession de faux départs, et puis le retour à la vie, au soleil, au printemps".  "Nous avons appris beaucoup de choses", selon elle, "Il y a eu les nouveaux usages, comme le télétravail, on  va avoir des modes hybrides de vie, il va y avoir des choses assez passionnantes". 

Les dérives et "les délires" pendant la crise

Pendant la crise du coronavirus, Cynthia Fleury a développé le concept de "bien-surveillance". 

"Au nom de la sécurité, du bon sens, de la protection des uns et des autres, on pratique une surveillance qui relève du dictatorial et du liberticide" 

"La bien-surveillance c’est la dangerosité de vouloir à tout prix faire le bien" 

Dans un premier temps chacun pense que c’était normal, on accepte la restriction de liberté ; et le danger des états d’exception c’est de s’accoutumer, il y a le risque d’être zélé. Cela va jusqu'à des délires sur le statique le dynamique, le métro oui et le parc non. Il y a un manque de discernement car nous avons confiné la délibération commune".  

"Il ne faut pas s’accoutumer à ça.  Il est temps d’en sortir"

Les Français ont-ils été infantilisés ? "La réponse est oui : il y a eu un manque de discernement. C'est compliqué de trouver le juste niveau de langage pour faire prendre conscience de quelque chose de grave et ne pas verser dans la paranoïa."

Dans les moments de crise, on découvre très vite qu'on ne peut pas imposer de règles communes. "Par l'application d'une règle commune très générale, vous ne faites que renforcer les vulnérabilités."

Réformer le système de soin

Qu'attendre du Ségur de la santé qui s'ouvre pour réformer le système hospitalier ? "C'est très simple'', répond la philosophe, " les soignants le disent, il faut faire ce qu’on a fait là [pendant la crise du coronavirus], desserrer la pression gestionnaire. On n'a  pas demandé d’avoir des malades rentables, on a permis aux médecins de recruter".  

"Dans les discours on a eu un grand moment de révélation, va-t-on passer à l’acte c’est la question"

Pour Cynthia Fleury, la société ne tient d’abord que par le care, "il n’y a pas de rapport immédiat au monde sans le soin, l’attention à l’autre, tout au long de la vie. Or ce soin très ordinaire, sans grand charme, pénible, a été porté par les femmes, pour le rendre gratuit, on l'a dévalorisé. Nous avons cette séparation entre  l’urgence et l’exceptionnel qui est détenu par la gente masculine, et le soin de proximité assuré par les femmes". 

Que retenir de la polémique autour du professeur Raoult ? "La polémique, ce n'est pas de la controverse scientifique. La manière dont le Pr. Raoult se saisit de l'opinion publique n'est pas une méthode classique de la science. Il utilise son charisme de façon non scientifique" estime la philosophe.

Les invités
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.