Jean-Luc Martinez, président du musée du Louvre, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand à 8h20, à l'occasion du trentième anniversaire de la pyramide du Louvre.

Jean-Luc Martinez
Jean-Luc Martinez © AFP / Giuseppe Cacace

Trente ans après les polémiques qui ont entouré sa construction, la désormais célèbre pyramide du Louvre fête son anniversaire. Le président du Louvre, Jean-Luc Martinez, estime qu'à l'époque, "c’est la présidence de François Mitterrand, c’est un gouvernement de gauche. Il y a une opposition politique, c’est Le Figaro qui a pris la tête de l’opposition au projet. Mais au delà de cette opposition, c’était un vrai combat des anciens et des modernes : oui ou non, est-ce qu’on peut intégrer de l’architecture contemporaine dans un musée ancien ?".

Avec cette pyramide, l'architecte Ieoh Ming Pei a joué "d'abord l'idée de la transparence : il voulait montrer les entrailles du musée". D'où la structure en verre... et par extension, la forme de ce geste architectural : "Quand vous imaginez une structure en verre au centre d’une place, ça ne peut pas être une boule ou un cube, la pyramide s’est imposée. Je crois qu’aussi, Pei a voulu inscrire dans l’histoire de l’architecture : au Louvre il y a les antiquités égyptiennes".

Mais le président du musée rappelle que les grands travaux du Louvre concernaient bien d'autres aspects que la simple pyramide : "C’était très très vieillissant, avant : on faisait parfois cours avec des lampes toches, il y avait des salles du musée dans laquelle on n’avait pas d’électricité. Et là où il y avait la Pyramide, c’était un petit jardin assez sordide. Et puis, surtout, on ne traversait pas le domaine du Louvre, il y avait des parkings, des voitures partout. On longeait le musée, ce n’était pas un espace très convivial". 

"Le Louvre d'avant, c'était un Louvre sans coulisses (...) La pyramide, c'est le signe d'une révolution qui a mis le visiteur au centre du musée"

Selon lui, "dans l'histoire des musées, il y a un avant et un après la pyramide du Louvre. Beaucoup de musées ont imité cela. La pyramide, c'est une vraie oeuvre d'art. La France a innové avec cette audace architecturale". 

Pour Jean-Luc Martinez, les réseaux sociaux représentent un enjeu fondamental pour le musée, qui est aujourd'hui le plus instagramé au monde : "On a franchi le cap des 10 millions de visiteurs l’an dernier. Mais il y a 60% de Français qui ne vont pas au musée. Or moi, ce musée à changé ma vie. C’est pour ça qu’on travaille dans les musées. On a envie de partager ça. Avec les réseaux sociaux, on a un moyen d’atteindre des publics qui ne viennent pas au musée".  

Il évoque notamment le clip des musiciens Beyoncé et Jay-Z qui "a été un moyen formidable pour cela" : "_Il faut se souvenir que Beyoncé et Jay-Z sont des artistes, des créateurs, qui fréquentent un musée d’art ancien. Voir le musée à travers leurs yeux, c’est le voir différemment. C’est ça, le musée : un lieu où on construit son imaginaire (...)._Chaque artiste peut avoir sa vision particulière : ça donne une liberté. Ça casse l’image d’un musée dans lequel il n’y aurait qu’une seule façon de voir les choses", avance-t-il par ailleurs, tout en assurant que le tournage du clip a rapporté "quelques milliers d'euros" au musée. 

Alors que le patron du Louvre estime que les grands travaux présidentiels "sont plus collectifs" aujourd'hui, il revient sur le discours de victoire d'Emmanuel Macron devant la pyramide du Louvre : "Accueillir en quelques heures une foule immense, on sait faire. Ensuite, il y a ce symbole qui permet de s’inscrire dans la continuité historique. C’est un palais qui est un lieu du pouvoir".

Interrogé sur la place du Louvre à Abu Dhabi, il répond : "Je ne connaissais pas ce pays, grâce à ce projet j’y suis allé. La France a demandé que les conditions de travail au moment de la construction soient respectées : la France n’a rien cédé. Et je vous assure qu’il y a une véritable intention d’éducation. Ce que me demandent les autorités émiriennes, c’est d’arriver avec les valeurs du Louvre, donc de se soucier de toutes les cultures du monde, et donc de la dignité de ces cultures. Ils sont en train d’utiliser le musée pour construire une vision du monde pour les gens qui habitent sur place. Et d’ailleurs 40% de leurs visiteurs sont des gens qui habitent sur place".

Sur la question de l'accès et des tarifs, il affirme : "Au Louvre, plus de la moitié des gens ne paient pas : les moins de 26 ans. L’an dernier, il y avait 53% de gens qui sont rentrés gratuitement. Le tarif, ensuite, est fixé à 15€, ça peut être un frein, mais on a des initiatives comme la nocturne, mais le modèle inverse n’est pas forcément meilleur : si c’est gratuit, quelqu’un doit payer la gratuité. Au Louvre Lens, c’est la région et le département qui paient la gratuité". Et donne un conseil : "Au musée, il y a du monde dans les salles du rez-de-chaussée, moins de monde au premier étage et quasiment personne au deuxième étage. Donc mon conseil : montez !"

Les invités
  • Jean-Luc MartinezHistorien de l’art, président-directeur de l'établissement public du musée du Louvre
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.