Daniel Cohen, économiste, est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

L'économiste Daniel Cohen publie un nouvel essai chez Albin Michel, dans lequel il analyse les bouleversements économiques de ces cinquante dernières années.  Nicolas Hulot, qui a annoncé sa démission cette semaine sur France Inter, a sévèrement remis en cause notre modèle de croissance et de consommation face aux défis écologiques. Quelle place pour l'écologie dans un monde productiviste ? "Les temps ont changé", mais comment s'adapter à ces évolutions technologiques et environnementales ? 

La société industrielle est morte

"Il faut faire le deuil de la promesse de progrès que la société industrielle devait apporter. La chaîne de valeurs sociales fonctionnait. Aujourd'hui, le monde n’est plus intégrateur."

Le monde nouveau

"Les classes populaires ont subi un forte désocialisation. Il n’y a plus de syndicats puissants qui portent leur parole. Elles sont phobiques à l’égard des immigrés mais aussi de leur propre famille. Les forces d’intégration ont disparu."

La limite du temps

"La société post-industrielle, c’est travailler sur la personne. C’est une société de services, qui n’est pas capable de créer de la croissance économique sauf à travailler plus pour gagner plus. Mais il y a une limite qui est celle du temps. 

La matrice algorithmique va permettre de faire repartir la croissance, au prix de la déshumanisation. On renonce à une part d’humanité. Nous acceptons de devenir des nombres. 

On revient aux questions posées en mai 1968 : une critique sociale, celle de l’uberisation, et une critique artistique, qui consiste à remettre en doute les addictions médiatiques."

Les promesses de gauche et de droite

"L’ennemi des classes populaires est le surmoi des élites de gauche. La gauche a interprété la sortie de la société industrielle comme sortie de la société capitaliste. Cette promesse a été fracassée.

La droite a dit "non ", on va revenir aux valeurs morales qui fondent le travail et l’effort."

Ces deux promesses trahies ont conduit à la montée des populistes. 

"L’Europe de Macron ne peut pas se faire. Il est à contre-courant, il veut réenchanter l’Europe sur un mode libéral et personne ne veut le suivre.

Nos sociétés ne sont pas prêtes à renoncer à leur appétit de croissance. Il y a une incapacité à se projeter dans l’avenir. Très peu de gens, 5 % seulement, veulent vivre dans l’avenir.

La crise écologique est le symptôme de cette difficulté à se projeter dans l’avenir. Il faut donner aux gens une sécurité sociale qui leur permette de se projeter. 

Il faut une complémentarité entre l’intelligence artificielle et les compétences humaines. 

Depuis l’élection de Mitterrand, les Français vont de réformes en réformes. Ce qui manque, ce sont des réponses quant à leur avenir. 

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