Daniel Cohen, économiste, est l'invité du Grand entretien de la matinale à 8h20. Il est le directeur du département d’économie de l’École normale supérieure, co-auteur de “Les origines du populisme” (Seuil)

L'économiste Daniel Cohen, directeur du département d’économie de l’École normale supérieure, est l'invité de Nicolas Demorand. Il est le co-auteur de l'ouvrage collectif  “Les origines du populisme. Enquête sur un schisme politique et social” (Seuil).

"Dans l'arrivée des populismes, il y a selon lui d’abord un facteur économique"

Lorsque l’on regarde les causes de la montée de ces forces anti-système, l’insécurité économique, le sentiment de ne pas avoir un salaire sont les premières raisons.

"Maintenant, si l’on regarde dans le détail la montée du populisme, les passions, c’est dans un autre registre qu’il faut comprendre d’où ça vient, surtout les rapports interpersonnels, les rapports à autrui."

"De partout cet indicateur de confiance interpersonnelle est le marqueur absolu qui va permettre de comprendre si la personne va basculer dans la droite ou l’extrême droite ou, si elle fait confiance à autrui, va plutôt être dans le versant gauche et peut-être dans la radicalité vers l’extrême gauche si elle est dans la difficulté économique. Il y a  beaucoup de banques de données qui arrivent à ce résultat". 

"Quand on dit “confiance à autrui” on pense beaucoup aux immigrés, puisque la droite populiste s’est construite sur cette phobie des immigrés, comme avec l’Italie, Trump ou le Brexit. Mais quand on creuse, si on demande aux électeurs du Rassemblement national 'est ce que vous faites confiance à votre entourage, votre collègue de bureau, vos voisins ?', partout la réponse est non, je suis dans un rapport de méfiance"

"Au delà de la crise économique , il y a quelque chose dans la société des individus contemporains qui fait qu’il y a des perdants de cette société de personnes qui sont désocialisées(…) C’est ce qui est dans l’explication de ce populisme de droite, la xénophobie".

Les "gilets jaunes", mouvement trop "hétérogène"

"D’abord si l'on regarde le versant économique, les gilets jaunes sont un conglomérat formé surtout des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. C’est bien cette radicalité et la détestation du système, des élites, incarnées par Emmanuel Macron, qui les unit, et l’insécurité économique qui les unit". 

"En Italie par exemple, même avec la coalition qui s'est retrouvée à diriger le pays,  si l’on regarde les électeurs du mouvement 5 étoiles ce sont des gens profondément méfiants ce qui explique qu’ils ont pu accepter la politique anti-migratoire de Salvini"

La colère et la peur

Pour Daniel Cohen, on distingue dans ces mouvements populistes la colère et la peur. 

"Par exemple Trump ne fait que chercher des ennemis, les Mexicains, les Chinois, les Iraniens. C’est une politique de la terre brûlée" 

"Il  y a une montée des forces anti-système, une détestation des partis traditionnels, mais en même temps il faut rapporter cette montée de la détestation des élites à l’aune de l’échec de ces partis traditionnels à apporter une solution économique. On vit depuis 10, 20 ans, un déclassement des classes moyennes , des classes populaires qui est le terreau de tous ces mouvements". 

"D’ailleurs la méfiance par rapport à autrui est profondément nourrie par le déclassement des personnes. Si vous êtes dans une situation inférieure à celle de vos parents, vous allez être profondément méfiant vis à vis de la société."

"Les individus il y a encore 30, 40 ans, étaient dans une société industrielle inclusive avec des syndicats puissants, avec des partis communistes puissants, qui pouvaient porter haut la voix des classes populaires. Aujourd’hui, il n’y a rien de tout ça donc oui, il y a une forme de nihilisme politique qui ressemble beaucoup  à la manière dont les classes populaires ont rejoint les partis d’extrême-droite totalitaires dans les années 30." 

Vers la récession

"L’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni sont en récession, donc techniquement c’est l’Europe qui va être l’épicentre de cette crise. Alors évidemment les États-Unis sont dans une situation de fragilité. Trump a baissé les impôts brutalement. Évidemment, ça a relancé la croissance économique. Il a fait croire que c’était durable alors que la croissance ralentit. "

" Il serait temps qu’en Europe on réfléchisse à des politiques économiques nouvelles qui évitent aussi tôt le retour de la récession"

  • Légende du visuel principal: Daniel Cohen © AFP / Jacques Demarthon
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