INTERVIEW - Grande championne française de patinage artistique, Sarah Abitbol, livre un témoignage poignant. Elle raconte dans un livre qui sort jeudi (“Un si long silence”, éd. Plon) comment, lorsqu’elle avait entre 15 et 17 ans, son entraîneur a abusé d’elle deux ans durant.

La championne de patinage artistique Sarah Abitbol raconte les agressions sexuelles et viols dont elle a été victime de la part de son entraîneur quand elle avait 15 à 17 ans.
La championne de patinage artistique Sarah Abitbol raconte les agressions sexuelles et viols dont elle a été victime de la part de son entraîneur quand elle avait 15 à 17 ans. © Radio France / France Inter

C'est un témoignage puissant, un récit d'une force exceptionnelle. L'ancienne championne de patinage artistique Sarah Abitbol raconte dans un livre qui parait jeudi (Un si long silence, éd. Plon) les agressions sexuelles et viols dont elle a été victime de la part de son entraîneur, qu'elle nomme Monsieur O., entre 1990 et 1992 alors qu'elle avait 15 à 17 ans. 

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Au micro de France Inter, Sarah Abitbol relate le sentiment "de honte, de peur" qui l'a accompagnée pendant des années. "Comment l'expliquer à mes parents ? Je ne pouvais même pas y penser. Comment expliquer une chose pareille, si horrible et si dégoûtante. Ça m’était impossible, je me suis terrée dans ce silence, avec mon mal-être. Et ça recommençait", décrit-elle. 

"Il profitait de venir dans la nuit quand je dormais avec mes peluches et me réveillait avec sa lampe torche. C’était un cauchemar."

Dans son livre, Sarah Abitbol évoque un stage de plusieurs semaines à La-Roche-sur-Yon (Vendée) durant lequel cet entraîneur a abusé d'elle. "Il profitait de venir dans la nuit quand je dormais avec mes peluches et me réveillait avec sa lampe torche. C’était un cauchemar. J’étais une jeune fille pleine d’ambitions dans le patinage et comme toutes les jeunes filles, on rêve du prince charmant, d’un amoureux. Ce qu’il a fait au plus profond de mon corps est terrible et ça l’est encore aujourd’hui", témoigne-t-elle encore. 

C’est notamment parce qu'elle est "encore malheureusement malade, sous anti-dépresseurs", près de 30 ans plus tard, que Sarah Abitbol prend la parole. "Pour briser le silence, pour toutes les autres victimes qui ne peuvent pas parler. Il faut que je sois courageuse, que je serve d’exemple, que cette honte se transforme en victoire."

Viol : "Je n'ai jamais pu prononcer ce mot qui me répugne et dont j'ai honte"

Sarah Abitbol raconte à quel point mettre des mots sur ce qu'elle a vécu fut difficile et l'est encore aujourd'hui. Viol, "ce mot m’angoisse", dit-elle. "Je n'en ai effectivement parlé qu’une fois à ma psychologue en 2003, et depuis je n’ai jamais pu prononcer ce mot qui me répugne et dont j’ai honte. Je travaille beaucoup avec ma psychologue là dessus car il faut peser des mots. Il faut que j’en parle, il faut que j’arrive à dire que j’ai été violée à 15 ans", explique l'ex-championne de patinage artistique. 

Elle souligne le travail mené avec la journaliste de l'Obs, Emmanuelle Anizon, co-autrice de son livre. "Je vais m’en sortir et je vais y arriver, il faut que je sois courageuse. Il ne faut vraiment plus que ce soit une honte mais que ça devienne une leçon de courage.

Pour une non-prescription des crimes sexuels

L'ancienne sportive estime que "la loi doit changer" en matière d'agressions sexuelles et de viols. "Il faut une non-prescription pour les crimes sexuels comme cela existe en Suisse, au Pays de Galles et en Californie", réclame Sarah Abitbol.

"Ça ne doit pas exister, qu'on ne puisse pas porter plainte après 15, ou 30 ans. Les faits sont là ; notre corps a vécu l’impossible et ces agresseurs sont toujours dehors et vivent leur petite vie tranquillement", conclut-elle. 

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