Engagée et atypique, Odile Decq a su imposer internationalement sa voix dans l'architecture, domaine pourtant dominé par des stars masculines. Après plusieurs années d'enseignement à Lyon, elle ouvrira en septembre une école à Paris. Elle est l'invitée du grand entretien du 6/9 de l'été, au micro de Pierre Weill.

Les deux canicules engendrées par cet été 2019 ont multiplié les questions sur l'urbanisme et les enjeux climatiques. Sur ce thème, Odile Decq est formelle, et estime qu'il faut désormais "repenser les villes", "moins les étaler".

Le vert, c'est pas simplement une question technique, une réponse climatique, c'est aussi fait pour les humains

"Parler de forêt urbaine, c'est un effet d'annonce" estime l'architecte, "mais effectivement on a pas assez de vert", qui cite les villes qui lui plaisent : "Londres ou Paris ; À Londres on sent l'air, ce ne sont pas des canyons urbains comme Paris avec les tranchées Haussmann (...) Rome, très sinueuse, pas réorganisée, avec des variations...Paris est comme un gros cake très plat, tranché avec des canyons urbains, Londres tellement variée où l'a un rapport au ciel qu'on a pas à Paris": 

Un métier trop masculin

Odile Decq explique pourquoi, selon elle, seules 30% des architectes sont des femmes, quand 60% des étudiants de cette profession sont pourtant des filles : "L'éducation des jeunes filles, c'est de leur dire qu'il faut faire attention, quand on dit à un homme qu'il faut y aller".

Pour Odile Decq, les études d'architecture sont larges, et permettent aussi de débattre, "de prendre position",  ce qui est très compliqué pour ceux "qui sont bloqués sur les réseaux sociaux". L'architecte relate aussi ses chantiers en cours : "Une tour en construction à Barcelone, un immeuble de chantier à Londres, un immeuble de bureaux à Paris, une petite maison en Chine très longue à construire, une autre en Bretagne, je fais toute les échelles".

Et à propos du chantier de Notre-Dame, l'architecte ne se dit "plus intéressée" : "Quand ça a brûlé, je me suis dit que ça m'intéressait, aujourd'hui quand je vois les enjeux, quand je vois mes confrères qui se sont projeté comme des vautours sur le sujet (toujours des hommes), je me suis dit que ça ne m'intéressait plus".

L'architecture, art complet

Odile Decq se revendique architecte et designer : "L'architecture c'est une globalité, ça va de l'extérieur,  à l'intérieur, jusqu'au plus petit objet", citant Frank Lloyd Wright, l'un des architectes qui l'inspire, "de la poignée de porte à la ville".  Expliquant les derniers objets créés présentés à la foire Art Basel de Miami : "Des tables et lampes [collection "Splash", ndlr] qui permettent de socialiser différemment".

Celle qui ouvre désormais une école d'architecture à Paris, dans le IIIe arrondissement de la capitale, explique aussi la différence des étudiants de la génération 2.0 : "La concentration est différente, avec les téléphones portables allumés pour vérifier que tout ce que vous dites est vrai. Faire des cours aujourd'hui ne sert à rien, il faut leur enseigner à apprendre par eux-même". 

Citant les qualités d'un futur architecte, elle y voit : "La curiosité et l'éveil à ce qu'il se passe autour de soi, accepter l'évolution, être curieux du monde entier, accepter les différences, et comprendre comment on socialise partout dans le monde (...) Paco Rabanne, Orhan Pamuk, les Who : tous avaient débuté des études d'architecture, pourquoi ne pas avoir des personnalités comme ça parmi mes étudiants".

  • Légende du visuel principal: L'architecte Odile Decq © AFP / Philippe Desmazes
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