L'économiste et professeur au Collège de France, Philippe Aghion est l'invité du grand entretien à 8h20.

Comment Philippe Aghion, soutien d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, interprète-t-il la colère qui monte contre le gouvernement ? "Il y a eu un retard, de mauvaises décisions qui ont été prises par le gouvernement. Monter les taxes par-dessus une forte hausse du prix du pétrole, il ne fallait pas faire. Il fallait au contraire essayer de compenser les effets de hausse, pas les aggraver. La deuxième chose, c’est le refus initial de la main tendue de Laurent Berger, qu’ils essaient de rattraper maintenant". 

Il y a d’abord un problème de présentation, de porter les réformes. 

"Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement où il y a plusieurs demandes qui sont faites : de la contestation des institutions, à la revalorisation des retraites, de la CSG, etc. Il y a un certain nombre de choses qui n’ont pas été faites depuis longtemps, mais ce n’est pas que le résultat de ce qui s’est fait depuis six mois", explique-t-il. 

Sur la question précise de la hausse des prix du carburant, selon l'économiste, "il y a deux choses, le court terme et le long terme : à court terme, je vais faire en sorte que jamais vous n’aurez à subir une hausse de taxe par dessus une hausse des prix du pétrole. A long terme, il doit y avoir une trajectoire du prix plafond, qui augmente pour maintenir une fiscalité écologique, et si le prix du baril monte au-dessus de ce prix, immédiatement je suspends les taxes".

Comment explique-t-il le sentiment d'injustice des manifestants ? Pour lui, il y a eu une mauvaise évaluation politique sur les mesures fiscales du gouvernement. Défenseur de la mise en place d'une "flat tax" qui remette à plat les niches fiscales, il explique que "l’ISF, c’est très peu d’argent mais c’est très symbolique. Quand vous supprimez l’ISF, vous devez faire quelque chose d’aussi symbolique dans l’autre sens. Il y a eu une mauvaise évaluation politique, il fallait faire une mesure symbolique". Mais il précise aussi que "les effets ne sont pas immédiats, en Suède c'est arrivé en cinq ans". 

"Il faut une croissance inclusive, c'est-à-dire qu'il faut stimuler la croissance en préservant le mode social et en faisant une croissance plus verte". 

Il explique aussi que l'autre source possible de croissance est "la réforme de l'Etat : en France on a toujours eu une politique de rabot. En matière de collectivités territoriales par exemple, on peut peut-être réduire la voilure. Avec une bonne réforme de l’Etat, on peut aussi dégager des moyens pour faire des choses".  Répondant à la question d'une auditrice, il rappelle que "c’est très important quand on fait des réformes de se mettre à la place de gens qui sont dans des situations difficiles" : "Dans les augmentations de CSG j’aurais fait plus attention, sur les baisses d’APL aussi. J’espère que le gouvernement va réagir de cette façon. Mais les difficultés que ces personnes traversent datent de bien avant. Nous n’avons pas réformé l’Etat comme il fallait". 

Légende du visuel principal:
Philippe Aghion, économiste et professeur au Collège de France, ici en 2017 © Maxppp / Vincent Isore
Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.