À quelques heures des obsèques de Jacques Chirac, François Hollande, ancien président de la République, est l'invité du Grand entretien de Nicolas Demorand et Léa Salamé à 8h20.

François Hollande évoque le souvenir de la première fois que son chemin politique a croisé celui de Jacques Chirac : "La première fois que je l’ai vu, je ne l’ai pas reconnu (...) j’étais candidat contre lui, cette énergie qu’il déployait, c’était une figure insaisissable, y compris en politique". 

Quand à la dernière image qu'il garde, c'est celle d'un "homme qui attend, sûrement la mort, mais qui n’en a pas la conscience."

D’un seul coup plus rien, et le sentiment de ne plus avoir d’ami, c’est ce qui nous a rapproché

"On a déjeuné plusieurs fois ensemble, il ne faisait pas de confidences mais il décrivait les personnes" raconte encore François Hollande qui confie que sa "description de Berlusconi restera dans ma mémoire : "Il m’a dit ce qu’on peut imaginer de lui mais qu'on ne peut pas dire (...) Avec les Russes il faut parler mais faut savoir que tout est rapport de forces, si on l’oublie, c’est de la naïveté".

L'ex-président de gauche trouve aujourd'hui "extraordinaire de voir la ferveur populaire à l’égard d’une personne qui n’a pas toujours été aimée pendant sa vie politique et qui avait disparu, mais qui était encore dans le coeur des Français" : 

À propos de la déclaration de Jacques Chirac, qui a annoncé en 2011 vouloir voter pour François Hollande alors candidat à l'élection présidentielle, plutôt que pour le candidat de son camp, Nicolas Sarkozy, l'ex- président de gauche explique aujourd'hui : "Je me suis longtemps posé la question (...) il aurait voulu voter Juppé, mais il ne pouvait être candidat". Il explique alors le contexte de leur échange, à la fin d'un repas corrézien : "Je lui dis 'attention, il y a des caméras' (...)mais il a fait cette déclaration par bravade. C’était à l’évidence un élément de sincérité dont il n’a pas mesuré l’impact".

En période de cohabitation Chirac/Jospin, c’était à moi que revenait cette tâche d’attaquer . J’ai pu être dur mais toujours respectueux de l’homme

"86-88 : je l’ai vu Premier ministre libéral, se réclamant de Thatcher et Reagan. Puis, après se rendre compte que le meilleur, son talent, sa force était en lui (...) devenir un homme sage, un grand père apaisant, un républicain, ce qui a fait son élection en 95".

Son camp, c’est la droite, mais sa famille, c’est la République

François Hollande évoque aussi un homme complexe, avec une part d’ombre : "Je ne suis pas sûr que le destin que voulait Chirac fut d’être un homme politique (...)Il a fait de la politique parce qu’il a été élu, ça l’a emmené plus loin (...) L’aspect extérieur qu’il donne est très différent de l’aspect privé".

Le jour où il est apparu en public comme il était en privé, il a gagné

François Hollande dénonce l'apparition, lors de la décennie écoulée, d'un "mur poreux entre droite et l'extrême-droite", dû aussi à l'évolution du traitement de l'extrême-droite dans les médias, avec, entre autres, le cas du polémiste Eric Zemmour et de ses propos condamnés par la justice : "Il travaille dans des organes de presse, pas n’importe lesquels (...) Il y a un moment où il faut prendre des responsabilités (...) se poser des questions. Dans les médias, il faut faire attention." 

Il y a une banalisation du pire

"On a connu ça dans l’entre deux guerres, dans les journaux des gens qui tenaient des propos qui n’avaient plus rien à voir avec l’information".

Sur la confrontation de la politique française gauche-droite : "Je suis convaincu qu’il n’y a de démocratie que si il y a contradiction, débat". En prenant l'exemple de ses débats avec Jacques Chirac : "Sur l’Europe, l’écologie, on était capable de se retrouver (...) Il faut de la confrontation, et aussi du consensus".

Réagissant aux propos de Taubira qui évoquait "le vide à gauche", et son éventuelle candidature en 2022 : "Je comprends sa disponibilité, mais on en est pas là. Mais faisons attention que le vide ne s’installe pas (à gauche) (...) J’appelle à ce que les grandes formations politiques se réinvestissent, faire du débat, de la confrontation auprès des Français (...) Une nouvelle génération doit prendre ses responsabilités".

  • Légende du visuel principal: François Hollande © Radio France / Anne Audigier
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