Le politologue Pascal Perrineau, auteur de "Le grand écart, chronique d’une démocratie fragmentée" (éd. Plon) est l'invité du Grand Entretien de France Inter, avec Alexandra Bensaid et Hélène Roussel.

Pascal Perrineau
Pascal Perrineau © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Le politologue a beaucoup observé l'évolution de la vie démocratique française depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir en 2017. Et notamment la rupture avec toute une frange de la population. "Il y a un problème Macron qui n'est pas nouveau, qui a été cristallisé il y a un an, au moment du mouvement des gilets jaunes. C'est là où l'anti-macronisme s'est durci. Certes, il y avait depuis la fin de 2017 un anti-macronisme léger, light, mais ça ne s'était pas durci. La cible, ça n'était pas le gouvernement ou le patronat : on entendait parler, semaine après semaine, de Macron, parfois avec une certaine haine."

Le mouvement contre la réforme des retraites est-il sur la même ligne ? "C'est pas tout à fait la même colère, les individus concernés ne sont pas les mêmes. Pour aller vite, les gilets jaunes c'était la protestation d'une France des périphéries enfoncée dans le silence, une France qui n'avait pas l'habitude de manifester. Aujourd'hui, il y un côté plus classique dans le mouvement social." Mais il reste une même mobilisation sur la question de la justice sociale. "On le sait depuis Tocqueville : l'égalité est une passion française. On le voit bien dans le mouvement des gilets jaunes ou dans celui contre la réforme des retraites."

Pascal Perrineau estime que ce mouvement se terminera forcément par une négociation : "Ils vont être obligés de négocier s'ils veulent en sortir par le haut : ni l'acteur syndical ni l'acteur étatique n'a intérêt à jouer la seule stratégie du pourrissement."

"Une démocratie qui n'est pas très mature"

Pour lui, au-delà des mobilisations dans la rue, il y a une crise démocratique. "Le problème, c'est qu'on ne passe pas de l'ancien monde au nouveau monde en claquant des doigts. Un marxiste italien qui s'appelle Grasci disait : 'La crise, c'est quand le vieux meurt et que le neuf hésite à naître'. On y est."

Et pour l'instant, le nouveau fonctionnement peine à convaincre Pascal Perrineau. "C'est une démocratie qui n'est pas très mature, qui manque de cette qualité décisive : dialoguer avec des adversaires. Les adversaires ne sont pas des ennemis dans une démocratie."

Les invités
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.