Bruno Patino, directeur éditorial France d'Arte et auteur de "La civilisation du poisson rouge : petit traité du marché de l'attention" (Grasset), est l'invité du grand entretien de Nicolas Demorand.

Le titre du livre de Bruno Patino fait référence au poisson et à l’attention d’un poisson rouge "qui est de 8 secondes". "Un employé de Google", explique Bruno Patino, "m’a dit que le temps d’attention des millenium est de 9 secondes" 

Les poissons rouges, c’est nous, et le bocal, ce sont nos écrans 

"Nous les plus jeunes on a besoin d’être sur-sollicités toutes les neufs secondes, ce à quoi s’emploient beaucoup de services numériques", dit Bruno Patino.

Un système basé sur la récompense aléatoire

Bruno Patino rappelle les expériences faites dans le passé sur les neurosciences, et l'exemple de la souris qui s'est mise à appuyer frénétiquement sur son distributeur de nourriture à partir du moment où il s'est rempli, non plus à sa demande, mais de manière aléatoire.

Le processus de récompense aléatoire est au cœur du sujet 

Bruno Patino estiment que nous nous trouvons dans la même position que les joueurs devant une machine à sous : "Au bout d’un temps on joue par besoin compulsif de jouer ; ces principes sont appliqués dans les services numériques." 

Désormais, une question de santé publique

"Ce qui est frappant", poursuit-il, "c’est que ça devient un débat de santé publique

Bruno Patino évoque le cas de jeunes gens "qui se font unfollower et qui le vivent comme un bannissement. D'une manière ou d'une autre, on y est tous confrontés".

Avec Facebook, les gens ont pris en mains un outil très important dans la socialisation mais il n’est pas neutre ou inoffensif. 

"Nous ne reviendrons pas en arrière," poursuite Bruno Patino, "mais il faut limiter l’usage dans le temps et dialoguer pour que cet outil ne soit pas totalement une boite noire dans la manière dont il joue sur nos mécanismes. Cet outil nous rend addict à nos propres désirs immédiats. "

Du temps de cerveau disponible à la captation de notre attention

Bruno Patino rappelle qu'on est loin des utopies de partage de connaissance et de liberté qui ont guidé les fondateurs de l'internet et du web. Ils souhaitaient que personne n'intervienne pour laisser advenir une sagesse collective, mais "la prédation s’est greffée sur cet univers-là, c’est la prédation de notre attention". 

Aujourd’hui "les repentis de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans des écoles sans écrans. 

Il faut revenir à quelque chose de plus favorable à l’expérience individuelle. Nous devrons imposer à ces applications des temps de vacance.  

Le modèle économique du numérique est celui du modèle publicitaire, donc, "on va appliquer les neuro sciences pour capter votre attention", explique Bruno Patino.

Aujourd'hui le modèle économique du numérique, "à la base c’est le terme de temps de cerveau disponible, c’est un modèle économique de média. C'est à dire que je vends des messages publicitaires sur un temps d’attention. on pourrait dire qu'il n'y a rien de nouveau. Mais en fait, là, on est dans un modèle totalement maximisé, car on est sur le temps de sommeil, d’amitié, d’études , (pas seulement les moments où on était devant la télé avant). Donc on détourne les gens de ce qu’ils sont sensés faire. Plus j’accorde de l’attention aux réseaux, plus je leur donne d’outils pour capter mon attention". 

Facebook est comme un agent immobilier qui gagnerait sa vie, non pas à la transaction, mais au nombre de visites qu’il vous fait faire 

  • Légende du visuel principal: Bruno Patino © AFP / Jacques Demarthon
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