Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Geoffroy Roux de Bézieux réagit aux propos d’Emmanuel Macron sur les non-vaccinés, qui souhaite les "emmerder" : 

Les non-vaccinés en entreprise

“Je peux vous dire ce qu'il se passe en entreprise. Il y a environ 5 millions de français non-vaccinés, dont, on pense, 2 millions d’actifs. Donc quelques pourcents selon les entreprises."

Il poursuit : "On n’était pas favorable au pass sanitaire en entreprise. Priver les gens de travail parce qu’ils ne sont pas vaccinés ne me paraissait pas la bonne solution." Il souligne par ailleurs des problèmes opérationnels, s'il fallait contrôler le pass tous les jours. Avec les non-vaccinés, dit-il : 

Globalement en entreprise, on arrive à trouver des solutions. 

En revanche, "on n'est pas défavorable que les règles de restauration collective soient alignées sur les règles de restauration classique", réagit-il après une question d'auditeur. 

Pass vaccinal dans les foires et salons

Le projet de loi concernant le pass vaccinal a été adopté hier soir à l'Assemblée Nationale. Le pass vaccinal va bientôt remplacer le pass sanitaire dans les foires, les salons.  

"Tout ce qui est privation de liberté, on n’en a pas envie. Mais dans les circonstances actuelles, avec l’incroyable circulation d’Omicron, c‘est la moins mauvaise des solutions", réagit le patron du MEDEF. 

Jauges sur les grands évènements

"En revanche pour les jauges, ça rend parfois l’exploitation impossible", poursuit Geoffroy Roux de Bézieux. "Par exemple, des concerts à 2000 ou 5000 personnes, ce n’est pas possible." Il note que les entreprises d’évènementiel vont énormément souffrir dans les semaines à venir. 

De nouvelles aides leur ont été octroyés par l’Etat. Le ministère de l'Économie a annoncé avant Noël que l'événementiel, les traiteurs, les agences de voyages et les salles de loisirs "indoor" dont l'activité pâtit de la reprise épidémique, feraient l'objet d'un "soutien spécifique", avec une prise en charge de leurs coûts fixes si leur perte de chiffre d'affaires dépasse 50%.

"Ce n’est pas le retour du quoi qu’il en coûte. Ces secteurs qui ont souffert, on les aide à passer la vague suivante", commente Geoffroy Roux de Bézieux. 

La reprise peut-elle dérailler ?

La reprise peut-elle dérailler ? “Il y aura un impact sur janvier, car il y a un petit phénomène d'auto-censure sur la consommation. Les gens limitent leurs interactions sociales." 

Si ça ne dure que le mois de janvier, on peut être plutôt optimiste. L'économie se porte bien.

"Maintenant, s'il y a une sixième vague, avec une autre lettre grecque, personne ne peut se prononcer la dessus", ajoute-t-il.

Va-t-on vers une réelle "désorganisation de la société" ?

Il a été surpris par les propos du Conseil Scientifique. 

Je ne crois pas qu'il y aura une grande désorganisation. 

"On commence à percevoir un tout petit peu l'impact d'Omicron dans des absences, notamment des cas contacts. Il y a quelques frémissements dans les transports, mais pour le moment il n'y a pas d'augmentation massive de l'absentéisme." 

Télétravail : les entreprises jouent-elles le jeu ?

Oui, selon le patron du MEDEF. "Bien sûr, qu'elles jouent le jeu. Je ne rencontre pas de patron qui n'appliquent pas les règles" de télétravail. "Je ne vois pas de problème particulier. "

Il précise tout de même, face aux questions des auditeurs, qu'il n'y a pas de statistique sur le phénomène. 

Concernant les sanctions prévues contre les entreprises qui ne respecteraient pas les règles de  télétravail (amende administrative pouvant aller jusqu'à 1 000 euros par salarié, dans la limite de 50 000 euros par entreprise), il estime que le signal envoyé est mauvais. 

"Cela fait deux ans que les entreprises se battent pour continuer l'activité économique, ça s'est plutôt bien passé. La ministre du travail vient mettre de l'huile sur le feu en disant que quelques entreprises ne jouent pas le jeu."

Mettre une mesure qui médiatiquement pointe du doigt les entreprises pour quelques délinquants, ça me parait de la mauvaise politique.

Inflation : "On est parti pour une longue période, qu'on n'a pas connu depuis longtemps"

Elle est à 2,8%, niveau sans précédent depuis plus de 20 ans. Il craint qu'elle continue à monter dans les mois qui viennent. "Je pense qu'on est parti pour une période longue d'inflation, qu'on n'a pas connu depuis longtemps". 

"C'est compliqué à gérer car on n'a pas l'habitude. Il faut aussi que les sous-traitants pissent facturer plus cher à leurs donneurs d'ordre. Ca créé des tensions, mais en soit ce n'est pas un mal absolu", analyse-t-il. Pour l'instant, "je pense qu'il faut laisser le marché faire", conclut-il sur ce point. 

Les hausses de salaires promises sont-elles au rendez-vous ?

Les salaires ont-ils augmenté comme Geoffroy Roux de Bezieux le prévoyait ? "Oui, dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, il y a une revalorisation des minima d'environ 10%", donne-t-il en exemple, même si en réalité ces salaires étaient souvent inférieurs au SMIC. 

La baisse du chômage a un effet favorable sur les salaires. 

"Il va y avoir une très bonne année en termes de participation et d'intéressement', ajoute Geoffroy Roux de Bézieux. 

Qu'en est-il des problèmes de recrutement ?

"Si le pouvoir élu décide qu'il y a un quota d'immigration par an, notre job à nous, c'est de les intégrer. Il n'y a pas une meilleure manière de s'intégrer dans un pays que d'y travailler."

Que pense-t-il d'une "immigration zéro" comme proposée par Eric Zemmour ? "C'est ce qu'essaye de faire Boris Johnson, mais désormais il y a 1 million de postes à pourvoir dans le pays. Je ne pense pas que ce soit la bonne solution." 

  • Légende du visuel principal: Geoffroy Roux de Bézieux, dans les studios de France Inter, jeudi 12 décembre 2019. © Radio France / France Inter
L'équipe