David Djaïz, essayiste, enseignant à Sciences-Po, est l'auteur de "Le nouveau modèle français" (Allary Éditions). Il est l'invité du Grand entretien de la matinale

Le point de départ de son ouvrage, "Le nouveau modèle français", c'est un constat sur sa génération : “J’ai 30 ans et j’ai toujours entendu parler autour de moi parler de crise, de mélancolie, de malheur français et de déclin. Franchement, je pense qu’on est nombreux dans notre génération à ne pas avoir envie de passer notre vie à entendre ces mots-là."

Une succession de désastres et de triomphes

David Djaïz porte un regard beaucoup moins dur sur la société française que ses ainés. Il se dit certain "que l’histoire de France plaide pour nous" car "quand on la regarde avec honnêteté et sur le long terme, on voit que c’est une sorte d'oscillations de désastres et de triomphes.” 

Il prend notamment l'exemple de la France de 1870 : "C’est la défaite franco-prussienne. L’Empire de Napoléon III qui était plus fort que jamais est anéanti. La France est au bout du rouleau. Et pourtant dans les années 1870, ça va être les débuts de la IIIe république, l’instruction dans les campagnes, les grandes lois de liberté, comme la loi de liberté de la presse.

"Nous n’avons plus de modèle collectif"

Selon l'essayiste, le discours sur le déclin a pris des proportions quasi obsessionnelles, et la raison est simple : il n’y a plus de modèle français. “Il y a un écart entre bonheur privé (même s’il y a beaucoup de précarité, les gens sont plutôt satisfaits de leur situation personnelle) et ce qu’il faut bien appeler un malheur public (une enquête BVA en 2015 montrait que les Français étaient presque aussi malheureux que les Irakiens quant à leur avenir collectif)", explique-t-il. 

"Il faut reconnaître que depuis que le modèle d’après-guerre de 1945 s’est étiolé à la fin des années 70, nous n’avons plus de modèle collectif pour nous projeter dans l’avenir”

Réactualiser le modèle français

Ce modèle français reposait sur trois choses d'après David Djaïz. D'abord "l’idée que demain sera meilleur qu’aujourd’hui, une confiance incroyable en l’avenir du parti communiste aux gaullistes". Ensuite, "un développement industriel sans précédent tiré par l’état, tout le monde se souvient du programme Concorde, du TGV, (…) c’était un moment d’effervescence extraordinaire." Dernier élément : "la sécurité sociale, elle est tellement évidente à nos yeux aujourd’hui qu’on pense que c’est comme l’air qu’on respire, mais en réalité, quand vous achetez un test covid il est financé par la solidarité nationale."

Le modèle dont parle le haut-fonctionnaire est dépassé à ses yeux : "Aujourd’hui on vit l’heure des catastrophes. La catastrophe climatique étant la première. On va voir la planète disjoncter partout autour de nous. La confiance en l’avenir, ce n’est pas la même que nos ainés en 1945. C’est plutôt l’idée que nous devons faire de ces catastrophes le matériau d’un redressement collectif. Sur l’industrie, on ne va pas refaire la sidérurgie des années 50 à la papa. Il y a des secteurs d’excellence française, d’économie du bien être qu’on peut développer et positionner la France."

Une économie adaptée au changement climatique

Plus précisément, “une économie créatrice de valeur et de lien social tout en étant extrêmement sensible au changement climatique. L'agriculture, la santé, le luxe, l’éducation, l’urbanisme durable, ce sont des secteurs d’excellence française. On peut conjuguer ces traditions, ce savoir faire, cet art de vivre français avec le meilleur de l’innovation et de la science.” Et d'ajouter :

“Quand vous n’avez pas de modèle qui vous projette vers l’avenir, vous vous cramponnez à des récits qui sont souvent des fantasmes.”

  • Légende du visuel principal: David Djaïz © Romain Gaillard
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