Pascal Ory, historien, académicien, auteur de "De la haine du Juif" (Bouquins), et Nicolas Offenstadt, historien, maître de conférences à l’Université de Paris 1, co-fondateur du Comité de vigilance sur les usages publics de l’Histoire (CVUH), sont les invités du Grand entretien de France Inter.

En ce 11 novembre 2021, jour de commémoration de la Grande Guerre et des morts tombés pour la France, l'historien Nicolas Offenstadt juge "qu'il y a un débat récurrent qui est de dire que la France commémore trop" avec lequel il est en "profond désaccord". "C’est un excellent moment démocratique et civique et il faut en profiter pour parler d’Histoire. Il faut défendre les commémorations, il n’y en a jamais trop et la question c’est surtout 'Comment on les fait'." Il regrette toutefois que, depuis 2012, le 11 novembre "ne soit plus la commémoration exclusive de la Grande guerre mais celle de tous les morts pour la France". Selon Nicolas Offenstadt, "on mélange toutes les guerres, je pense que c’est un risque de confusion et cette journée n’y échappe pas". Son collègue Pascal Ory est pour sa part "très sceptique sur la capacité pédagogique finale de ces commémorations". Selon lui, "on enseigne l’Histoire mais elle n’enseigne rien"

Selon les deux historiens, l'Histoire est par ailleurs manipulée par le polémiste Eric Zemmour, qui pourrait se déclarer candidat à la présidentielle. Et notamment sur la question du rôle du régime de Vichy dans la déportation des Juifs en France. "S'il avait une thèse neuve sur un sujet que les historiens travaillent depuis des décennies, il faudrait qu’il l’argumente. Il n’a aucun argument, aucun document. Si vous voulez dire quelque chose de nouveau, il y a une manière de faire de l’histoire, qu’on soit historien amateur ou de métier. Il faut montrer des preuves, des documents. Or ce que dit Eric Zemmour, c’est du vent, ça ne repose sur rien, aucun travail de fond, à part sur son point de vue. Il va contre le consensus des historiens de manière totalement simpliste et simplement sur son point de vue", juge Nicolas Offenstadt. 

"L’objectif c’est vraisemblablement de contribuer à construire des ponts entre une forme d’extrême-droite et une certaine droite classique. Mais plus subtilement, c’est se positionner comme non conformiste, dans l’idée qu’il y a un système. Et il y aura toujours une partie de la société qui n’écoutera surtout pas !", estime pour sa part Pascal Ory. 

Nicolas Offenstadt : "Les historiens sont ses cibles favorites, parce qu’on défend un idéal de vérité, qu’il bafoue en permanence. Il fait de l’histoire une arme politique. Les historiens professionnels sont ses ennemis, mais en fait il veut se débarrasser de la vérité. Il raconte n’importe quoi sur le Moyen Âge, sur Vichy, la Grande Guerre. Il ne passerait pas une demie première année d’histoire avec ce qu’il raconte dans ses livres." 

  • Légende du visuel principal: Nicolas Offenstadt et Pascal Ory © Leemage via AFP et PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Les invités
  • Pascal OryProfesseur émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Nicolas OffenstadtHistorien, maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC), spécialiste de la Grande Guerre
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