Dominique Bourg, philosophe et professeur honoraire à l'université de Lausanne, auteur de Primauté du vivant, essai sur le pensable (PUF), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Dans son "Essai sur le pensable, Primauté du vivant", coécrit avec l'économiste Sophie Swaton, Dominique Bourg dresse un tableau teinté de pessimisme au moment où la COP26 est réunie pour tenter de nous préserver du réchauffement climatique, notamment que "les nuages s'accumulent depuis des décennies, au point que l'horizon apparaît désormais opaque, glauque, menaçant, strié d'éclairs, aux fracas assourdis par l'arrogance et l'obstination ambiantes, domine une indifférence installée, sérieuse et affairée, concédant au mieux quelques d'annonces sans que, fondamentalement, rien ne change.

Pour l'expliquer, il cite Amitav Ghosh : "Dans le dernier de ses romans, La déesse et le marchand, il fait dire à un de ses personnages que finalement, le seul moyen d'expliquer un peu ce qui se passe et nos réactions, c'est comme si nous étions possédés. On aurait les moyens de faire autrement. On a une compréhension, en tout cas, pour certains, assez juste de la situation et on pratiquement rien. Je vous rappelle qu'après chaque COP les émissions mondiales n'ont cessé d'augmenter. Et pire que ça, je vous dirais que quand bien même on fait des efforts - c'est plus gênant d'ailleurs - vous prenez par exemple les pays du G20 qui un certain nombre d'efforts pour ça, tous ces efforts là et même les efforts locaux qui sont aussi non-négligeables, on n'arrive pas à les voir dans les chiffres globaux. Si vous prenez par exemple les émissions du G20 en 2019, elles ont baissé de 0,1%."

"Si vous avez un discours qui ferme l'intelligence sur le sujet, on ne changera jamais"

Il y a un problème dans la façon de communiquer sur la situation climatique selon l'économiste. Il faut donc avancer des idées radicales, comme celle d'un quota de consommation : "On sait très bien que dans la société d'aujourd'hui, ce n'est absolument pas acceptable. Maintenant, si vous n'en parlez même pas, si vous n'essayez pas de faire comprendre que 'oui ce n'est pas acceptable, mais les amis, c'est ça qui détruit'. On peut très bien ne pas l'accepter, mais à ce moment-là, il faudra accepter ce qui vient avec. Si vous avez un discours qui ferme l'intelligence sur le sujet, qui la suture, on ne changera jamais. En publiant ce genre de propositions, on sait bien que vous n'allez pas voir le lendemain de manifestations avec les gens qui disent 'on veut des quotas', c'est évident. Mais si dans le débat public, vous n'instillez pas des choses comme ça et vous dites c'est punitif, vous n'avancerez jamais d'un iota."

  • Légende du visuel principal: Dominique Bourg au micro de Nicolas Demorand © Radio France / Capture d'écran
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