Antoine Bristielle, professeur agrégé en sciences sociales et directeur de l'Observatoire de l'opinion de la Fondation Jean-Jaurès, et Laurent-Henri Vignaud, historien des sciences et maître de conférences à l'Université de Bourgogne, sont les invités du Grand entretien.

Alors que, pour le troisième week-end de manifestations, le nombre de manifestants est en augmentation, comment analyser ces chiffres en hausse ? "On voit que de samedi en samedi, il y a une augmentation, et on voit aussi qu'il y a une sympathie à ce mouvement qui est de l'ordre de 40% de la population", explique Antoine Bristielle, qui préfère donc revenir sur la qualification de "mouvement anti-vaccin" : "Effectivement il y a des anti-vaccins au sein de ces manifestations, mais il y en a aussi d'autres qui manifestent contre le pass sanitaire ou contre le fait que ce soit imposé de haut par le gouvernement". Selon lui, il n'y a plus que 17% de la population qui refuse le vaccin, mais 40 à 45% de personnes qui soutiennent le mouvement. 

Qui sont les personnes qui manifestent ? "On voit que ce sont des personnes relativement jeunes, les 25-34 sont sur-représentés (...) et qu'il y a plutôt des personnes abstentionnistes, soit proches de la France insoumises, soit du Rassemblement national, donc plutôt défiantes vis-à-vis des institutions politiques", explique Antoine Bristielle, qui fait aussi un lien avec le mouvement des "gilets jaunes". Laurent-Henri Vignaud va dans le même sens : 

"Si vous êtes uniquement sur le débat de la dangerosité du vaccin, vous ne mettez pas des centaines de milliers de Français dans la rue. Là, on est dans une confrontation frontale avec le pouvoir"

"Je ne sais pas combien de personnes sont vaccinées, ou antivax", dans ces cortèges, dit Laurent-Henri Vignaud, "mais je crois qu'on ne peut pas se tromper en disant que 99% d'entre eux sont hostiles à la politique du gouvernement, n'acceptent pas la manière dont la crise est gérée". L'historien des sciences rappelle que "à chaque étape de mise en place d'un vaccin obligatoire, il y a eu résurgence des mouvements antivax purs et durs", et que "la mise en place du BCG en 1951 a donné naissance à la première ligue antivax française". 

A qui se fier ? De la crise de confiance institutionnelle à la crise sanitaire d'Antoine Bristielle a paru aux éditions de l'Aube.

Antivax : la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours, co-écrit par Laurent-Henri Vignaud, a paru aux éditions Vendémiaire.

  • Légende du visuel principal: Lors de la manifestation anti-pass sanitaire du 31 juillet, à Paris. © AFP / Estelle Ruiz / Hans Lucas
Les invités
  • Antoine Bristiellechercheur en science politique, directeur de l’observatoire de l’opinion de la fondation Jean Jaurès