Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

L'Insee a publié hier ses prévisions. La croissance ne serait que de 0,25% en avril et juin. L'inflation, justement, pourrait monter à 5,4% au mois de juin, contre 4,8% aujourd'hui. Autre indicateur inquiétant : le déficit commercial atteint le record absolu de 100 milliards d'euros, pour partie du à la facture énergétique de la guerre en Ukraine. "Quand je regarde la photo d'ensemble, je suis inquiet", explique le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

"L'économie française est en train de ralentir. Quand je regarde la photo au global, le taux d'inflation est extrêmement fort. Mais ce qui m'intéresse, c'est quand je descends de la photo globale et je regarde ce qui se passe concrètement dans les entreprises. J'étais la semaine dernière à Sodexo, à Socotec, rencontrer des militants dans la région Pays de la Loire et à chaque fois, ils me disent 'dans certains secteurs, on a de plus en plus de mal à vivre correctement parce que l'augmentation des prix nous pose un problème'. Donc la photo, elle est inquiétante à un niveau global et elle a des incarnations très concrètes dans la vie réelle des travailleurs, avec une difficulté à vivre correctement de son travail pour nombre d'entre eux."

Revalorisations salariales et aides aux ménages

Il poursuit : "Heureusement, il y a des gens pour qui c'est assez indolore, même s'ils le voient. Mais quand vous avez un salaire de 1500 euros et que le coût de l'énergie, c'est plus +9%, que le prix des produits des produits alimentaires c'est +3,6%, eh bien vous le voyez parce que lorsque vous êtes limite à chaque fois à la fin du mois, ça a une connotation très concrète." Comment faire pour lutter contre ça ?

Salaires et minima sociaux relevés, et de l'autre côté, avoir des mesures ciblées pour les ménages les plus modestes.

Pour Laurent Berger, il faut contraindre les entreprises à augmenter les salaires : "On donne des aides publiques aux entreprises. Il y a des allègements de cotisations jusqu'à 1,6 fois le SMIC. Il faut conditionner ces allégements de cotisations au fait qu'il n'y ait pas de branche qui ait des minima en dessous du SMIC. Et quand vous avez des minima en dessous du SMIC, eh bien vous révisez les aides qui sont allouées aux entreprises."

La CFDT vent debout contre la réforme des retraites

Emmanuel Macron souhaite faire adopter la réforme des retraites à 65 ans. Il estime que cela permettra d'assurer l'équilibre des comptes, le niveau des pensions, mais aussi de dégager de l'argent pour justement la transition écologique. Le secrétaire général de la CFDT s'oppose à ces arguments.

Sur l'équilibre des comptes, "ce que dit le Conseil d'orientation des retraites, c'est qu'il n'y a pas urgence et qu'à terme, les comptes des régimes de retraite par répartition seront à l'équilibre", note Laurent Berger.

Sur la transition : "Au nom de quoi, c'est aux travailleurs, en reportant l'âge légal de départ à la retraite qui touchera ceux qui ont les métiers les plus pénibles et qui ont commencé plus tôt, c'est à eux de payer la transition écologique. Est-ce que dans notre pays, il n'existe pas d'autres mécanismes pour faire en sorte que si il faut s'inscrire délibérément dans la transition écologique, eh bien on regarde combien chacun paye ? J'entends qu'il faudrait payer la perte d'autonomie parce qu'il y a un vrai sujet la perte d'autonomie. Pourquoi on ne taxe pas davantage les plus hauts patrimoines ?"

Il faut être clair sur la retraite à 65 ans, le report de l'âge légal, la CFDT sera vent debout parce que ça touche les publics, les travailleurs, les plus fragiles aujourd'hui.

"Mettre la question de réforme des retraites cet automne sur la table, alors qu'on sait qu'on aura encore un problème de coût de l'énergie, on ne sait pas dans quelle situation internationale on sera et qu'il faut s'inscrire dans un partage des richesses autre et un autre modèle de développement, c'est explosif."

  • Légende du visuel principal: Laurent Berger © AFP / Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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