Frédéric Dabi, directeur général de l’IFOP, auteur de "La fracture. Comment la jeunesse d’aujourd’hui fait sécession : ses valeurs ses choix, ses révoltes, ses espoirs…" (Les Arènes), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Le livre "La fracture" de Frédéric Dabi est basé sur une grande enquête d'opinion de l'IFOP auprès de la génération des 18-30 ans, en 2021. Menée à plusieurs reprises depuis les années 1950, puis interrompue pendant deux décennies, l'enquête de cette année révèle une véritable fracture avec les autres générations.

Génération à part, sans étiquette

"Ce qui est frappant, c'est que cette jeunesse est insaisissable, on lui accole facilement des étiquettes mais elle est beaucoup plus diverse que cela", commence Frédéric Dabi. "Ce livre montre qu’on ne peut pas réduire cette jeunesse à la génération sacrifiée, génération pleurnicheuse, ou génération Covid.

Deuxième fracture, cette jeunesse prend conscience elle-même qu'elle est absolument à part, selon le directeur de l'IFOP. "Ils sont 87 % à le penser, contre 16 % en 1957."

L'urgence climatique au centre

Au-delà de l’enchainement des crises, il y a une crise qui fait momentum et exacerbe l’incertitude, c’est la crise écologique. Là, clairement ils sont en fracture avec le reste du pays mais ils sont aussi _diffusionnistes_. Ils incitent leurs parents et leurs grands parents à se mobiliser, se radicaliser", poursuit le chercheur. "Un jeune sur cinq déclare qu'il est prêt à mourir pour la cause environnementale, plus qu'à mourir pour la France."

Cette incertitude s'accompagne d'une véritable "noirceur", avec un effondrement du niveau de bonheur chez les jeunes en 20 ans, -27 points.

Le marché des valeurs

Beaucoup de 18-30 ans citent "la famille" comme une valeur cardinale. "La famille n'est plus le lieu de la guerre des générations. Les jeunes croient en la famille comme un protecteur, dans un contexte Covid et post-Covid où ils sont très sévères sur l’action de l’État, qui ne les a pas assez protégés. La famille c’est le lieu du collectif, mais aussi le lieu ou ils peuvent propager leur engagement individuel sur toute une série de sujets.", analyse Frédéric Dabi.

Parmi les autres crédos chez cette jeunesse : "L'idée qu'il faut respecter les minorités, la passion de l'égalité, qui fait qu'ils sont prompts à détecter et identifier toute discrimination dans la société."

La fin du politique

Sont-ils attachés à la démocratie ? "Ils sont de plus en plus _mal à l'aise avec le principe de représentativité_, le fait de déléguer son pouvoir. Les jeunes ont un sentiment d'urgence sur une série de sujets, et ils se disent que la réponse viendra de moins en moins, voire plus, du politique", selon le directeur de l'IFOP. Ils devraient tout de même se déplacer pour aller voter à la présidentielle, en particulier les "primo-votants", et "attendent que les candidats parlent d’eux".

Quant à la laïcité, au cœur de la campagne présidentielle, "pour les personnes plus âgées, c'est faire reculer l'influence des religions ; pour ces jeunes c'est leur assurer une stricte égalité et même une visibilité".

  • Légende du visuel principal: Frédéric Dabi © AFP / BERTRAND GUAY / AFP
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