Jordan Bardella Président du Rassemblement National, Député européen, Conseiller régional d'Île-de-France, est l'invité du Grand entretien de la matinale.

"Marine Le Pen est donnée au second tour de l’élection présidentielle dans tous les sondages depuis maintenant 5 ans", rappelle Jordan Bardella quand on invoque face à lui le nom d'Éric Zemmour. "Je crois que ce second tour avec Emmanuel Macron aura lieu, mais pour vous répondre très clairement, il est évident qu’Éric Zemmour participe d’une division du camp national. Mais il n’est pas candidat déclaré à l’élection présidentielle, il a dit qu’il serait candidat lorsque ce sera son intérêt. Nous, nous ne sommes pas dans une bataille d’intérêts personnels, Marine Le Pen est candidate pour servir la France et les Français. Et aujourd’hui, elle est la mieux placée pour battre Emmanuel Macron et appliquer nos idées qui sont, je crois, majoritaires dans le pays."

"L’élection présidentielle est dans 7 mois", constate-t-il également. "Éric Zemmour, pour l’instant, ne fait pas de propositions, il fait un constat, il pose des mots sur les maux d’un certain nombre de phénomènes dans ce pays. Je l’écoute attentivement, mais je n’ai pas entendu de solution : nous, nous proposons des solutions. Ce temps du constat, il est passé, c’est ce que faisait Jean-Marie Le Pen il y a 30 ans."

"Il y a quelques mois, on nous expliquait que Didier Raoult allait perturber l’élection"

Il ne croit pas à une montée de celui qui n'est même pas encore candidat mais qui monopolise les médias. "Si on ne gagne pas une élection présidentielle en étant crédité de 46 ou 48 % au second tour, on ne la gagne pas non plus en étant crédité de 10 % et donc en ne passant pas le cap du premier tour. La réalité statistique, elle est là. Moi je regrette qu’Éric Zemmour passe davantage de temps à taper sur Marine Le Pen qu’à proposer une alternative à Emmanuel Macron. Notre adversaire, c’est pas Éric Zemmour, c’est Emmanuel Macron."

D'ailleurs, il estime que la position d'Éric Zemmour est intenable : "Taper sur la seule femme politique qui n’a aucune responsabilité dans la situation actuelle du pays, c’est peut-être ça le vrai suicide français. Pendant que vous faites le feuilleton dans les salles de rédac, car je comprends bien que ça fasse un peu vendre, nous on propose. Évidemment qu’il faut vendre du papier : il y a quelques mois, on nous expliquait que Didier Raoult allait perturber l’élection présidentielle, puis le général de Villiers, on nous a parlé de Bigard, de Francis Lalanne… Donc je suis extrêmement prudent. On ne va pas passer la campagne présidentielle à commenter les sondages tous les quatre matins."

"Quand les Républicains demandent un moratoire sur l’immigration, je bois du petit lait"

Le Rassemblement national n'est-il plus suffisamment extrême sur les questions d'immigration, ouvrant la voie à des candidats encore plus à droite ? "Vous nous avez reproché pendant 40 ans de parler quasi exclusivement d’immigration. Aujourd’hui, nous avons un projet politique dont je crois qu’il répond à l’ensemble des problématiques des Français, du pouvoir d’achat à la démocratie. Vous ne pouvez pas nous reprocher à peu près tout et le contraire. Qui peut douter sérieusement de la volonté de Marine Le Pen de stopper l’immigration dans notre pays et de rétablir l’autorité de l’État ? Qui peut douter de sa volonté politique ? Quand je vois les Républicains demander un moratoire sur l’immigration, je m’en réjouis, je bois du petit lait : tous ces sujets qui sont aujourd’hui majoritaires dans le pays, nous étions les premiers à les porter. Nous avons contribué à mettre dans le débat public des thèmes sur lesquels une majorité de Français s’accordent."

À l'inverse, est-ce la droite traditionnelle qui est venue chasser sur les terres du RN, comme avec le référendum proposé par Xavier Bertrand sur l’immigration ? Une idée que Jordan Bardella juge "formidable". "Je trouve ça formidable, mais la différence entre nous et les Républicains, c’est que nous n’avons pas été au pouvoir, et que nous n’avons aucune responsabilité dans la situation actuelle du pays. Il y a un gage de sincérité chez nous qu’il n’y a peut-être pas chez eux : les Républicains parlent souvent comme nous quand ils ne sont pas aux responsabilités, mais gouvernent comme le Parti socialiste quand ils sont au pouvoir.”

  • Légende du visuel principal: Jordan Bardella © AFP / JOEL SAGET
Les invités
L'équipe