Luca de Meo, directeur général de Renault, est l'invité du Grand entretien de France Inter.

"J’ai décidé de travailler dans l’industrie de l’automobile quand j’avais 5 ou 6 ans, je suis une de ces personnes qui a la chance de faire ce qu’il rêvait de faire gamin. Je me faisais engueuler à l’école parce que je dessinais toujours des voitures au lieu de prendre des notes !"

Pour son dirigeant Luca de Meo, "Renault est une entreprise très attachante, très humaine, très créative. La créativité, il faut bien la diriger : ça peut amener à des choses qui sont mauvaises mais ça peut aussi créer des solutions qui sont surprenantes. Si on pense à la 4L, la 5, la Twingo première génération, l’Espace, le Scenic…"

"Il y a des produits iconiques qui réveillent une flamme, qui s’est éteinte. Moi j’ai vécu ça il y a 15 ans quand on a relancé la 500 chez Fiat, c’était un moment spécial où l’on a reconnecté l’Italie avec la marque. J’espère que ce sera pareil avec la R5. On sait ce que les gens attendent de nous."

"Il y a un an Renault était très malade, maintenant elle est en convalescence"

Comment va Renault économiquement ? "Les annonces seront faites fin juillet, mais je pense qu’on a fait beaucoup au niveau opérationnel pour réduire les coûts, avec une qualité des ventes qui va avoir un impact sur la profitabilité du groupe. Il y a un an Renault était une entreprise très malade, maintenant elle est en convalescence. Mais il reste beaucoup de travail à faire, parce qu’on était partis dans une direction qui n’était pas la bonne, c’est pour ça que je suis là."

Sur son plan Renaulution, Luca de Meo explique : "On n’est pas en train de dire qu’on veut faire une entreprise plus petite, mais que les enjeux qu’on s’était donnés, qui n’ont pas été atteints, ont amené l’organisation à être trop grande par rapport à ce que la marque était capable de générer. Il faut qu’on se mette au régime, ce qu’on a commencé à faire il y a maintenant un an. Ça marche, et à un moment donné le marché pourra repartir et on pourra vraiment arriver à une dimension correcte. Quand on fait un plan, il faut bien centrer quelle est notre ambition en termes de taille, de chiffre d’affaires, comme ça on peut structurer tous les coûts. C’est ce qu’on est en train de faire."

Il souhaite que le prix moyen de leurs voitures soit à 25.000 euros : "C’est comparable à ce que font nos concurrents dans les derniers 5 ou 6 ans. C’est faisable. On a raté cette vague de véhicules qui sont très populaires maintenant, dans la moyenne du marché, qui était un territoire pour la marque Renault. L’année dernière, on vendait 70 % de petites voitures, or avec ces voitures on ne fait pas d’argent."

"Cette stratégie nous permettra de laisser de la place, en bas, à Dacia : plus on est capables de bouger le centre de gravité de Renault dans le moyen de gamme, plus on aura de la place pour Dacia, une marque à haut potentiel et très profitable, où les clients sont satisfaits. C’est la voiture la plus accessible dans chacun des segments."

"Protéger les gens", tout en ayant "une boîte qui économiquement marche"

Sur l’inquiétude des salariés, qui craignent pour leurs emplois : "On comprend bien aussi l’inquiétude en général dans notre société pour une transition écologique et digitale, qui provoque des secousses dans tout le système", rappelle le dirigeant. "Renault est une boîte qui a toujours protégé ses gens. On part du principe que toutes les actions qu’on va entamer pour mettre la boîte dans de bonnes conditions ne se feront pas nécessairement au prix de la casse sociale. Mais c’est vrai qu’il y a des décisions à prendre. Il y a des business qui ne sont pas profitables. Il y a douze mois, quand je suis arrivé, sur la carte de France il y avait beaucoup de points d’interrogation : Maubeuge, Douai, Flins, Choisy-le-Roi, Dieppe. Pour chacune de ces usines, en douze mois, on est arrivé à trouver des solutions. Le projet qu’on a présenté hier, notamment, est une solution pour les trois usines du Nord. C’est du travail que l’on fait pas à pas, dans l’esprit de protéger les gens, mais on est là pour gérer une boîte qui économiquement marche ; dans le long terme, si on ne le fait pas, après on a vraiment des problèmes."

D'où notamment, cette nouvelle usine de batteries en 2024 dans le Nord. "C’est un grand projet, un écosystème, peut-être le plus grand de la production de voitures électriques en Europe. L’intérêt, c’est qu’on est très fortement intégrés verticalement : on va produire les cellules, les boîtes où les mettre, les véhicules, les moteurs électriques… C’est quelque chose qui crée de la valeur. Ça démontrera, si on y arrive, que la France est un pays très attractif pour certains investissements."

Pourquoi cette usine est-elle chinoise, ce qui soulève des critiques et des craintes ? "Il y a une forme de racisme dans toute cette histoire : Envision est une boîte mondiale, internationale, qui a des usines partout. Nissan était son propriétaire jusqu’à récemment, ils ont encore 20 % de la boîte, qui est donc sino-japonaise. Et les gens qui vont être ici ne seront pas que des Chinois : ça va être des dirigeants français, des salariés de Renault… Je n’y vois aucun problème : si on source les matières premières et les technologies en Europe, ça nous permettra après de produire plus de voitures en Europe."

"En Europe, on a du retard sur certaines technologies : les semi-conducteurs sont tous à Taiwan ! On a fait une joint-venture avec une entreprise américaine pour intégrer l’hydrogène en France, mais on va produire les piles et les véhicules ici, puis on va développer la technologie ici. Parallèlement à l’initiative avec Envision, on rentre aussi dans le capitale d’une start-up française qui s’appelle Vercors, avec laquelle on va faire des batteries françaises."

Fin des voitures thermiques : "envisageable" si l'hybride reste autorisé

Comment envisage-t-il la fin programmée des voitures thermiques neuves d’ici 2035 ? "On doit s’adapter aux réglementations. Je pense que d’ici 2035, on est capables de gérer ce mouvement. Maintenant, ce qu’on souhaite, c’est qu’à cette époque-là les gens puissent continuer à acheter des voitures qui sont accessibles, qu’ils puissent utiliser dans n’importe quelles conditions. On considère que les électriques et les hybrides devraient passer cette échéance tranquillement. Le fait d’arrêter les motorisations traditionnelles, non électrifiées, c’est un scénario envisageable."

"On travaille pour la réduction du coût des batteries : on l’a déjà divisé par deux en dix ans pour la Zoe. On pense pouvoir le diviser encore par deux dans les dix prochaines années. Le but c’est de voir si on est capables de faire une voiture électrique accessible à tous."

Pour lui, cela va tout de même mécaniquement faire augmenter les prix. "Je ne suis pas populaire quand je le dis, mais la vérité c’est qu’avec les technologies qu’on est en train de mettre dans les voitures (électrification, connectivité, aides à la conduite), les voitures vont devenir plus chères. Ça fait partie du sens de l’Histoire. C’est pour ça aussi qu’on veut protéger l’hybride, qui permet d’avoir de bonnes performances en termes d’émissions, tout en proposant des produits accessibles, parce que les batteries coûtent cher."

  • Légende du visuel principal: Luca de Meo © AFP / ERIC PIERMONT / AFP
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