Alain Finkielkraut de l’Académie française, essayiste, producteur de l’émission Répliques, sur France Culture, auteur de "L’après littérature" (Stock), est l'invité du Grand entretien de France Inter.

Dans son livre, Alain Finkielkraut énonce que la littérature est morte : "Je crois que ce qui caractérise notre présent, c’est non seulement l'abandon de la vision littéraire du monde, mais, malgré tous les bons livres, malgré les parutions de chaque rentrée, une véritable allergie à la littérature, une véritable haine de la littérature. La littérature comme le dit l'écrivain Aharon Applefeld repose sur l'individu avec son visage et son nom. Les idéologies contemporaines les plus fortes ne connaissent pas l'individu, elles réduisent les individus à l'état de spécimen, d'échantillon, d'exemplaire." L'essayiste prend l'exemple de la dénonciation de la "culture du viol", qui fait selon lui que nous somme "tous dans le même bateau".

Dans son viseur également, l'utilisation de la langue aujourd'hui, mise à mal, selon ses mots, par les néoféminismes : "La langue française a été forgée par la littérature. Et où en est-on aujourd'hui avec les néoféministes et les écologistes ? A l'écriture inclusive." Le terme "femmage" à la place d'"hommage" utilisé par certains est à ses yeux grotesque et mériterait d'être moqué.

"Le patriarcat n'existe plus"

Pour Alain Finkielkraut, ces féminismes ont été des conquérants. Les avancées sociales en matière d'égalité femme-homme montrent selon lui que le patriarcat a été vaincu, et les féministes sont de "mauvaises gagnantes". "Les femmes sont indépendantes financièrement, elles accèdent à toutes les professions, elle divorcent quand elles veulent et avec la PMA pour toutes, l'homme devient facultatif dans la procréation".  

Il va plus loin : "Une femme est mariée, elle attend un enfant. Le mari veut le garder, elle ne le veut pas. Elle a le dernier mot. Ça, ça veut dire que le patriarcat n'existe plus. D'ailleurs, c'est la manière dont on invoque l'ordre patriarcal pour s'attaquer maintenant, non pas pour plus d'égalité, aux conquêtes de la civilisation. On vous explique par exemple, dans le sillage de MeToo qui instaure des procès hors du tribunal, que la présomption d'innocence est une insulte faite aux victimes et un vestige de l'ordre patriarcal. Le contradictoire, c'est le fondement de notre droit. (...) Chercher dans la question salariale les raisons pour nous faire croire que le patriarcat existe encore alors que les femmes n'ont jamais été aussi libres, je trouve que c'est vraiment dommage."

  • Légende du visuel principal: Alain Finkielkraut © AFP / LEONARDO CENDAMO / Leemage via AFP
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