Jacques Monin, directeur de la cellule investigation de Radio France, Etienne Maynier, chercheur en sécurité à Amnesty International, et François de Rugy, député LREM de Loire-Atlantique, sont les invités du Grand entretien de France Inter.

Le président Macron a-t-il été espionné par une puissance étrangère? La question se pose après la révélation que le chef de l'Etat et des membres du gouvernement figurent sur la liste des cibles potentielles du logiciel Pegasus, utilisé par certains Etats pour espionner des personnalités.

En France, la Cellule Investigation de Radio France et le journal Le Monde (qui font partie du consortium de 17 médias ayant eu accès à cette liste obtenue par le réseau de journalistes Forbidden Stories et l'ONG Amnesty International), ont révélé mardi que ces numéros, dont celui de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et de 14 membres du gouvernement, figurent "dans la liste des numéros sélectionnés par un service de sécurité de l'Etat marocain, utilisateur du logiciel espion Pegasus, pour un potentiel piratage".
Le Maroc, de son côté, conteste son implication dans cette affaire d'espionnage, alors que le roi Mohammed VI et son entourage "sont sur la liste des cibles potentielles".

François de Rugy, dont l'enquête a révélé que le téléphone avait été une cible alors qu'il était ministre de la Transition Ecologique au gouvernement, s'est dit "choqué que cela puisse se faire entre pays amis" même s'il n'était aussi "malheureusement pas surpris". 

Un micro dans la chambre à coucher du Président

Ce logiciel espion redoutable en matière de technicité pose problème pour des personnalités politiques, mais plus encore lorsqu'ils visent des citoyens, des activistes ou des journalistes, qui sont déjà, dans certains pays, en danger de mort

"C'est très compliqué de résister techniquement à Pegasus. Ça pose problème de se protéger, pour des militants, des journalistes. On demande une réglementation internationale" explique de son côté le chercheur en sécurité à Amnesty International Etienne Maynier : "Il faut des traités internationaux stricts pour limiter l'utilisation et la vente de ces logiciels espions".

Car son fonctionnement est complexe, mais ses effets sont simples : "Il devient l'administrateur de votre téléphone, peut activer votre micro et votre caméra" explique Jacques Monin, qui dirige la Cellule Investigation de Radio France, qui a travaillé sur ces révélations. 

"Potentiellement, on peut avoir un mouchard dans la chambre à coucher du Président !"

Un président connecté, mais dépassé par les outils

Pour Jacques Monin, "Israël utilise NSO et ce logiciel comme un outil d'influence" : "Il y a eu quand même une sous-estimation du danger qui fait qu'on n'a pas vu venir les choses". Il déplore notamment le manque d'anticipation des membres du gouvernement sur les questions de cybersécurité que posent ces révélations : "Emmanuel Macron a construit son image sur le côté connecté, et on se rend compte qu'il s'est fait dépasser cette image. Il y a probablement une forme de méconnaissance de la nocivité cet outil." Ce que confirme Etienne Maynier : "On ne peut plus aujourd'hui être un homme politique, un journaliste, sans avoir des connaissances de base en sécurité informatique". Même si, comme l'avance François de Rugy, se passer de son smartphone, dans ces fonctions politiques, "serait mission impossible". 

  • Légende du visuel principal: Chefs d'états et personnalités figurent sur la liste des cibles potentielles du logiciel Pegasus, commercialisé par une société de surveillance israélienne, NSO © AFP / Jaap Arriens / NurPhoto
Les invités
  • François de RugyMinistre d’Etat, Ministre de la Transition Écologique et Solidaire
  • Jacques MoninDirecteur des enquêtes et de l’investigation de Radio France
  • Etienne MaynierChercheur en sécurité à Amnesty International