Floriane Chinsky, rabbin, Kahina Bahloul, imame, islamologue et Emmanuelle Seyboldt, pasteure, auteures de Des femmes et des dieux (Les Arènes), sont les invitées du Grand entretien de France Inter.

Elles sont rabbin, imame et pasteure, et ensemble, elles ont écrit "Des femmes et des dieux", un livre qui apporte leur regard sur les textes sacrés. "Je ne sais pas si l’objectif est de faire une lecture féministe des textes sacrés. C’est plutôt une volonté de faire une lecture humaniste, inclusive, de ces textes. Lorsqu’on lit, on interprète ces textes avec notre sensibilité, notre réflexe premier est de nous inclure nous-mêmes. Or, pendant des siècles, ces textes ont été lus par des hommes, et leur réflexe a été d’exclure les femmes”, explique l'imame Kahina Bahloul. Les trois autrices ont passé du temps à "creuser les différents points de vue, essayer de voir où sont les points de rencontre, les points de différence", selon Floriane Chinsky, rabbin. L'un des principaux enseignements est résumé par la pasteure Emmanuelle Seyboldt : 

“C’était une manière pour nous de découvrir ce qu’on savait théoriquement : les richesses, les traditions, ne sont pas menaçantes pour moi. Nous sommes très différentes les unes des autres, mais il n’y a aucun danger à être les unes avec les autres, et les uns avec les autres.”

Pour ces femmes, le parcours pour accéder à leurs fonctions a pu être complexe. Et pourtant, si l'on se fie aux textes, la place des femmes est souvent moindre aujourd'hui que par le passé. "Dans la tradition musulmane, il y a eu des femmes : dans les canons de la tradition prophétique musulmane, il y a eu une femme imame. Mais ces textes ont été mis à l’écart, lorsque j’en parle, les gens me disent qu’on ne connait pas l’histoire de cette femme, désignée par le prophète lui-même pour être imame", rappelle Kahina Bahloul.

Les hommes se sont arrogés le pouvoir exclusif de dire quelle doit être la foi religieuse, les règles qui régissent l’ordre religieux.

Floriane Chinsky explique avoir été étudier à Jérsualem "pour avoir une assise de légitimité en hébreu et un accès direct aux textes", dit-elle. Elle ajoute que "dans tous les cercles qu’on fréquente, quand il y a du savoir, il y a de la reconnaissance, de la pluralité, de la liberté, de la créativité", et que la place accordée aux femmes "dépend aussi de la société globale dans laquelle on vit".

La question du corps des femmes, du droit à disposer de leur corps, est posée dans l'ouvrage : une question importante car "en France, on ne court pas encore le risque que ce discours-là empêche les femmes d’avorter si elles le souhaitent, mais on voit dans beaucoup de pays que c’est mis en danger", rappelle Emmanuelle Seyboldt. Le plaisir lui aussi est évoqué : "À partir du moment où dans une société on considère que certains n’ont pas leur consentement à donner sur leur propre corps, il n’y a pas de relation possible. Ce sujet, c’est important qu’il ne soit pas tabou”, selon Floriane Chinsky. Pour Kahina Bahloul, la question de la sexualité hors mariage fait aussi partie de celles qu'il faut poser : "Que fait-on aujourd’hui lorsqu’on est un jeune et qu’on n’est pas encore marié ? Est-ce qu’on s’interdit toute relation ? Ce qu’on peut constater aujourd’hui c’est qu’il y a une grande hypocrisie par rapport à cette question”.

Interrogée sur la question des abus sexuels dans l'église catholique, Emmanuelle Seyboldt explique que "quel que soit le lieu où une personne se retrouve en position d’autorité ou de pouvoir, il y a risque d’abus et d’abus sexuel. Le rapport de la Ciase est d’abord un séisme pour l’église catholique, mais aussi une alarme pour toutes les religions, toutes les confessions, sur la façon dont les personnes qui sont en position d’autorité se comportent vis-à-vis des membres de leur communauté".

  • Légende du visuel principal: Floriane Chinsky, Kahina Bahloul et Emmanuelle Seyboldt © Les Arènes
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