Charles Stépanoff est anthropologue, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et membre du Laboratoire d'anthropologie sociale du Collège de France. Il publie "L'animal et la mort - Chasses, modernité et crise du sauvage" aux éditions de la Découverte.

Contraint de rester en France à cause de la crise sanitaire, l'anthropologue Charles Stépanoff a mis de côté ses études sur les peuples autochtones en Sibérie pour s'intéresser à la pratique de la chasse en France. Il en découle un ouvrage, "L'animal et la mort - Chasses, modernité et crise du sauvage" publié aux éditions de la Découverte.

De ses entretiens avec des chasseurs, agriculteurs, forestiers, il ressort plusieurs constats, le premier étant qu'il n'y a pas un chasseur mais plusieurs types de chasseurs. "On peut identifier une différence très nette entre une chasse hors-sol, comme le safari, qui est fondée sur du tourisme, et une chasse terrestre, qui est fondée sur la connaissance, la pratique au quotidien, le travail de la terre chez les agriculteurs et les forestiers", explique-t-il.

"Les paysans chasseurs disent se distinguer du chasseur bourgeois ou noble qui tue juste pour tuer."

La chasse terrestre "est fondée sur une éthique paysanne", indique l'anthropologue. "Un lien demeure entre chasse de subsistance et cette éthique de chasse, répétée souvent par mes interlocuteurs qui est : si on chasse, il faut manger." De cette vision de la chasse découle des réseaux de redistribution, de solidarité, d’échanges qui sont créateurs de lien social. "C’est une chasse qui interdit l’excès et le gâchis, et les paysans chasseurs disent alors se distinguer du chasseur bourgeois ou noble qui tue juste pour tuer et qui ne sait même pas préparer la viande ni préparer son pâté avec son sanglier."

Une violence qu'on ne veut pas voir

Dans son enquête, Charles Stépanoff pointe également un paradoxe entre "la violence  démultipliée, industrialisée" en France, avec "3,2 millions d’animaux tués par jour", et le "camouflage" de cette violence. "Il est possible de manger de la viande tous les jours, toute sa vie, sans jamais avoir tué un animal. C’est inconcevable dans les autres sociétés", explique-t-il.

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"Les sociétés modernes ont inventé un type de rapport d’exploitation qui n’a jamais eu un aspect aussi destructeur dans l’histoire de l'humanité, avec une violence sur les animaux qui nie complètement leur existence comme être écologique, intelligent" et d’un autre côté, "jamais des sociétés n’ont été aussi sensibles, attentives, n'ont eu une telle intolérance à la vue du sang et de la violence".

Charles Stépanoff rapporte aussi le débat qui anime les chasseurs autour de ce qu'est la chasse. Dans son ouvrage, l'anthropologue écrit qu'il s'agit d'"un acte volontaire de confrontation de l’humain avec un animal sauvage capable de lui résister". Ainsi, beaucoup d’animaux sont tués dans des abattoirs mais "ce n’est pas de la chasse parce que le bétail ne peut pas s’enfuir, les conditions ne sont pas faites pour qu’il puisse se défendre alors qu’on applique la notion de chasse à des situations où l’animal est dans son milieu, a ses techniques, son intelligence qui lui permettent de faire face au prédateur humain", selon Charles Stépanoff.

Interrogé enfin sur les accidents de chasse, qui ont fait l'actualité ces dernières semaines, l'anthropologue note qu'il y a de moins en moins d'accidents mortels. "En 1997, il y avait 40 accidents mortels en France. Aujourd’hui, il y en a deux ou trois fois moins. C’est lié au fait qu’il y a de moins en moins de chasseurs et qu’il y a de la formation", explique-t-il.

  • Légende du visuel principal: Charles Stépanoff. © Radio France /
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