Dominique Cardon, sociologue et directeur du Médialab de Sciences Po, est l'invité du Grand entretien.

Facebook n'a pas pris la mesure de son impact sur le débat public mais les utilisateurs doivent également réfléchir à leur manière d'interagir sur et avec le réseau social de Mark Zuckerberg, indique le sociologue Dominique Cardon, invité du Grand entretien ce vendredi. Alors que les révélations de l'ancienne employée de Facebook, Frances Haugen, confirment que les contenus haineux sont mis en avant par le réseau social, Dominique Cardon explique que "les responsabilités sont partagées, si Facebook le fait c’est parce que nous sommes plus attentifs à ce type de contenus".

"On a tendance à dire que c’est la faute de l'algorithme et qu’on n’a qu’à le réparer mais il ne faut pas oublier qu'il y a des objectifs et des intentions que donne Facebook à son algorithme et parmi eux, il y a celui d’optimiser une variable qui est le temps que nous passons à consulter Facebook", explique Dominique Cardon. "Ils ont énormément de signaux sur ce que font les utilisateurs et ils vont chercher à trouver quels sont les meilleurs contenus pour nous faire rester plus longtemps. Il y a donc une coproduction entre les traces données par les utilisateurs et les choix que fait Facebook."

Si nous étions moins intéressés par toutes les vaines polémiques présentes sur les réseaux sociaux, on verrait la véritable diversité de l’information sur le web, on s’intéresserait à d’autres choses qu’aux polémiques constantes qui viennent polluer le débat public."

Le questionnement doit être le même pour ce qui est de l'impact d'Instagram - également dénoncé par Frances Haugen - sur l'état psychologique des adolescents. "Instagram est une sorte de société de la comparaison des visibilités et notoriétés et peut avoir sur les adolescents des effets néfastes et toxiques. Mais la question est de savoir pourquoi nos sociétés le font, pourquoi nous passons autant de temps sur les réseaux et pourquoi cette quête est encouragée par les plateformes", note le sociologue.

"Si nous étions moins intéressés par toutes les vaines polémiques présentes sur les réseaux sociaux, on verrait la véritable diversité de l’information sur le web, on s’intéresserait à d’autres choses qu’aux polémiques constantes qui viennent polluer le débat public et fabriquent une sorte d'agenda médiatique qui nous concentre sur certains types de débats ou de discussions", indique Dominique Cardon. Il souligne que ces débats sont aussi "amenés par des acteurs qui y ont intérêt. Car il y a toute une série d’acteurs qui savent très bien comment fonctionnent les algorithmes et comment les manipuler."

Il revient alors aussi aux autorités de s'impliquer dans ce rapport de force face à Facebook pour arriver à surveiller et à réguler.

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Trop peu d'efforts consentis par Facebook

La responsabilité est donc partagée mais le réseau social de Mark Zuckerberg est secoué depuis 2016 par de nombreux scandales - Cambridge Analytica, les élections américaines, le Brexit, les pannes, etc. - et il lui est reproché de ne pas mettre suffisamment de moyens pour y remédier : "On voit que cela dysfonctionne fortement. Non pas que Facebook ne fasse rien puisqu'en réalité il essaye de résoudre les difficultés, mais avec des moyens très insuffisants compte tenu de la taille et de l’ampleur qu’a pris Facebook. Par exemple pour la modération, ce sont des millions de commentaires qu’il faut regarder et si vous consacrez seulement 0,5% de vos bénéfices à cela, ce n’est pas suffisant."

"Facebook est une entreprise bicéphale", rappelle Dominique Cardon. "Nous, les chercheurs, on ne rencontre qu’une partie de l’équipe, celle chargée de développer de nouveaux produits, d’aider la société civile, etc., mais il y a une autre équipe qui s’occupe de la croissance et dont l’objectif est d’augmenter le nombre d’utilisateurs de Facebook. Ils sont très efficaces et il est probable qu’ils aient une influence bien plus considérable que l’autre équipe au sein de Facebook."

  • Légende du visuel principal: Dominique Cardon était l'invité du Grand Entretien ce vendredi. © Radio France /
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