Brice Teinturier, directeur général délégué d’IPSOS , est l'invité de 8h50.

"C’est une abstention sans une once de culpabilité", analyse Brice Teinturier. "On a d’habitude, pour les régionales, une hausse de la participation d’environ 4 points [entre les deux tours], elle avait été de 8,5 points en 2015… Là, c’est rigoureusement plat. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : on est dans une élection qui, aux yeux des Français, n’est pas une élection décisive, on est en sortie de pandémie, on a beaucoup dit (et ça s’est revérifié) que les candidats n’étaient pas connus, à part les sortants… On n’était pas dans un moment de colère qui structuraient les comportements. Tout cela, qu’on avait au premier tour, on ne l’avait pas au second tour."

"Je crois que c’est avant tout une prime aux sortants, mais qu’on ne peut pas réduire ce scrutin à ça. C’est bien la confirmation que le clivage gauche/droite n’est pas mort, même s’il avait perdu de sa valeur significative."

Des enseignements à tirer à gauche comme à droite ?

"À droite, c’est l’ébranlement du duel Macron / Le Pen", estime-t-il. "Il y a bien des effets potentiels de ces régionales sur la présidentielle, on voit bien une hausse des candidats de droite, avec Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez, qui se rapprochent d’une qualification possible. On est dans des effets réels mais modérés. Il ne faut pas surinterpréter, mais un scrutin qui se produit et qui donne un avantage à la droite, qui marque l’absence d’enracinement de LREM, vous ne pouvez pas l’enjamber comme si de rien n’était."

"À gauche aussi, on a quelques enseignements", selon le directeur général d'Ipsos. "Notamment la confirmation qu’il y a une question autour de la France insoumise. Quand il y a eu des coalitions LFI/PS/EELV, au second tour il n’y a pas eu de véritable dynamique, on a même des électeurs de LREM qui, inquiétés par cette coalition, ont plutôt volé au secours du sortant de droite ; et à l’inverse, dans les régions où il n’y avait pas de coalition avec la France Insoumise, là il y a des scores qui sont encore plus opérants. Il y a ces deux gauches qui ont du mal à cohabiter."

Toujours selon Brice Teinturier, "Marine Le Pen doit s’inquiéter : ce scrutin porte aussi sur la présidentielle. Nous avons vu que le RN n’est pas une formation politique qui ipso facto se dirait “ça y est je suis qualifié pour le second tour”, y’a d’autres chemins possibles. Elle a un enjeu de mobilisation, cela vaut pour elle comme pour les autres formations."

  • Légende du visuel principal: Brice Teinturier © AFP / ERIC PIERMONT / AFP
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