Le directeur de Mediapart met en garde contre le risque de l'abstention au second tour, est l'invité de Patrick Cohen.

Edwy Plenel
Edwy Plenel © AFP / JOEL SAGET

En 2002, le duel Le Pen / Chirac avait provoqué une vague de mobilisation contre le FN, dont Edwy Plenel se souvient "d'autant plus que Le Monde à l'époque était le seul à donner l'alarme". Mais qu'est-ce qui a changé aujourd'hui pour que la mobilisation soit si faible ou si ambiguë ? "Ce qui a changé, c'est que ni la droite ni la gauche, pendant 15 ans, n'ont pris la mesure de la situation", explique le patron de Mediapart, qui rappelle que la victoire de Chirac a amené à préparer le terrain pour Nicolas Sarkozy, puis François Hollande qui n'a pas non plus tiré les leçons du choc. "Qu'a fait François Hollande depuis 2012, sinon humilier le monde du travail et de la jeunesse ?"

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Il comprend donc la tentation du vote FN comme celle de l'abstention.

Pour Edwy Plenel, le système n'a rien fait pour empêcher une deuxième fois le Front national d'arriver au second tour. À commencer par se réformer et devenir plus démocratique : "Nous serions dans un système parlementaire, la semaine dernière, nous aurions eu des groupes pluralistes", explique-t-il, citant l'exemple de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne. "Au lieu de ça, nous jouons à la roulette russe notre désir de démocratie."

Pas d’ambiguïté toutefois : il estime que le vote pour Emmanuel Macron est le seul moyen de sortir de l'ornière. "Je préfère être dans l'opposition sous la présidence Macron que face à un pouvoir identitaire et autoritaire." Sans pour autant lui donner un blanc seing ou un chèque en blanc.

Et de regretter à nouveau la position de Jean-Luc Mélenchon, qu'il ne trouve pas assez claire : "Jean-Luc Mélenchon a transformé une victoire collective en échec personnel, plongeant sa FI dans le désarroi. Ses soutiens venaient écouter un professeur, il n'a pas poursuivi dans cet exercice de pédagogie", déplore-t-il. Comment mobiliser ceux qui ne veulent pas choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ? En leur rappelant, selon Edwy Plenel, que "l''extrême-droite n'est pas une simple droite, c'est une force autoritaire, inégalitaire et identitaire." Et il appelle à croire en la mobilisation contre le FN.

Car il est risqué de comparer ou de mettre sur un pied d'égalité les deux candidats, assure Edwy Plenel. "On ne peut pas comparer la violence économique sous une démocratie et la violence économique sous un pouvoir autoritaire. C'est préparer la corde pour se pendre !" Et il serait trompeur de considérer qu'Emmanuel Macron est le candidat du libéralisme économique, et pas Marine Le Pen.

Et ce, malgré les erreurs du candidat "En Marche" lui-même. "Parfois j'ai l'impression que convainc mieux les électeurs que ses propres soutiens", regrette le fondateur de Mediapart.

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