Le président de l'Observatoire de la laïcité, une instance rattachée à Matignon, publie "La France est-elle laïque ?". Il est l'invité de Marc Fauvelle.

Jean-Louis Bianco
Jean-Louis Bianco © Maxppp / Marc Salvet

"La laïcité est mise en question de différents côtés : certains pensent que la France n'est plus du tout laïque parce qu'elle cède beaucoup trop à des pressions communautaristes, d'autres pensent qu'elle n'est plus laïque parce qu'au contraire elle interdit de plus en plus le port de signes religieux" : c'est l'état des lieux de la laïcité que fait Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité.

La situation française trouve peu d'équivalents dans le monde, même si, selon l'ancien secrétaire général de l'Elysée, "ce qui est le plus spécifique en France, c'est la neutralité absolue du service public". Et puis il y a la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, "directement inspirée de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen", qui est pour Jean-Louis Bianco une sorte de "miracle laïc".

La laïcité est-elle en danger ? "La principale menace, ce sont les pressions communautaristes dans certains quartiers", affirme Jean-Louis Bianco. "Pour moi, le combat principal à mener se trouve dans les politiques publiques de la ville, pour mettre fin aux phénomènes des ghettos", ajoute-t-il. Mais pour autant, "ce serait une grossière erreur de croire que la laïcité est une citadelle assiégée. Malgré les pressions et les tensions, elle résiste, car elle est un outil formidable pour vivre ensemble".

Concrètement, quelles formes doit prendre la laïcité ? "Au travail, un congé pour fête religieuse doit être traité de la même manière qu'un congé pour maladie ou pour des vacances", précise Jean-Louis Bianco. Et à la cantine ? "Il faut des menus qui offrent du choix, pour les gens qui ne veulent pas manger de viande ou de porc. Mais il ne faut pas que cela se cantonne à la religion", explique-t-il.

Sur la question de l'interdiction du burkini, Jean-Louis Bianco affirme qu'on "ne peut pas interdire des tenues", et qu'il "n'existe pas de tenue laïque". "On peut être contre le foulard, mais le foulard n'est pas l'antichambre du terrorisme".

Pourquoi les écoles confessionnelles sont-elles financées en partie par l'Etat ? "La République finance le service public, et une école privée, confessionnelle ou pas, a une délégation de service public quand elle reprend les programmes de l'Education nationale", répond Jean-Louis Bianco.

"On n'est pas laïc ou religieux. Nous sommes laïcs ET juifs, chrétiens, musulmans, libres penseurs"

Et quid des jours fériés liés à des fêtes religieuses chrétiennes ? "Nous avons des racines chrétiennes. Mais il ne faut pas se limiter à ces racines-là, nous avons aussi des racines grecques, arabes, etc. Qu'il y ait des jours fériés pour les fêtes musulmanes, ça paraît légitime, mais comment faire en pratique ?" demande-t-il.

"Il y a dix à vingt ans on ne se posait pas la question des crèches de Noël, il y en avait à la mairie de Paris et ça ne faisait pas débat", rappelle-t-il. "La question, c'est de savoir si c'est un signe religieux, interdit par la loi de 1905, ou une exposition culturelle, qui serait alors autorisée (...). Je crois qu'il faut examiner les intentions", explique-t-il, opposant d'un côté les crèches provençales où les santons prennent le pas sur la dimension religieuse, et l'initiative de Robert Ménard à Beziers qui affirme que "Jésus dormira au chaud".

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