Eric Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah, est l'invité de Nicolas Demorand à 8h20. Il répond aux questions des auditeurs à partir de 8h40.

Après cinq semaines de procès, Abdelkader Merah a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises spéciale de Paris. "Je savais [dès le départ] qu'il n'y avait aucune preuve de la complicité d'Abdelkader Merah. Les juges d'instruction l'ont peut-être senti", explique son avocat.  

On a présenté depuis des années aux victimes un faux coupable

"Abelkader Merah - que j'ai eu l'honneur de défendre - incarne le mal absolu (...) Ce n'est pas qu'un boulot, c'est l'idée qu'on se fait du métier d'avocat" poursuit-il. "J'ai mesuré les enjeux [de ce procès], qui dépassent très largement le cadre de l'affaire Merah".

Sur les vingt ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste criminelle dont a écopé l'accusé : 

"C'est le maximum de la peine pour ces faits. C'est une infraction créée a la fin du XVIIIe siècle pour réprimer les anarchistes", explique l'avocat qui évoque aussi une infraction "fourre-tout". 

"C'est l'honneur des juges de ne pas avoir cédé aux sirènes de l'opinion publique". Y aura-t-il un appel de la part de son client ?  "Son co-accusé a déjà interjeté appel, on s'oriente vers un deuxième procès, oui" estime Me Dupond-Moretti.

Nous sommes les seuls à nous être placés sur le terrain de la preuve : est-ce qu'un type qui incarne le mal absolu peut-être condamné avec l'absence de preuves? 

Procès très difficile

"J'ai défendu cet homme seul contre tous, j'en ai pris plein la gueule"

"C'est le procès le plus difficile de ma carrière : j'ai été insulté, on a menacé mes enfants, la police s'est retranchée derrière un rideau, sauf un ou deux qui ont témoigné à visage découvert, les autres ont refusé parce que leur hiérarchie leur a demandé [de ne pas le faire]. Certains de mes confrères de la partie civile ont été dans la surenchère médiatique, Merah a été traité d'animal" : 

"On m'a reproché que j'ai pu dire de la mère de Merah qu'elle avait aussi un fils qui était mort. Trois heures [à la barre] pour elle , vingt pour Squarcini : c'est pas obscène, ça? "

Le chagrin des victimes ne peut pas être confiscatoire (...). Ce qui est obscène, c'est de dénier le droit de cette femme à pleurer.

"Madame Merah a mis un enfant au monde, elle peut avoir de la peine ! ", s'indigne Me Dupond-Moretti, qui ne nie pas les mensonges de sa cliente : "je reconnais à cette femme le droit d'être dans un conflit de loyauté".

"Les familles qui ont vécu cet immense chagrin ont tous les droits, ils ont le droit de vouloir voir [Abdelkader Merah] coupé en morceaux (...) Les journalistes, avocats, juges ne [peuvent pas] retenir que le chagrin des victimes et balayer les preuves" poursuit l'avocat.

Je me bats contre l'idée de la catharsis

"Le terrorisme nous a anesthésiés", explique le plus célèbre avocat de France : 

"J'ai découvert les réseaux sociaux à l'occasion de cette affaire, cette espèce de poubelle abjecte de gens qui sont tellement distraits qu’ils en oublient de signer, cela me terrifie (…) C'est contre le populisme que j'ai défendu Abdelkader Merah".

Sur sa rémunération 

"J'ai touché 12 000 euros pour l'instruction", explique Eric Dupond-Moretti. "Pour l'audience, il n'y avait plus un rond dans cette famille"(...) Sur les réseaux sociaux, j'ai pu lire que j'étais payé par Daech".

L’islamisme radical ou le nazisme sont une cause indéfendable : je ne défends pas une cause, mais un homme, c’est radicalement différent

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