Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, est l'invité de Nicolas Demorand, pour évoquer son dernier roman, "Alma" (Gallimard).

L'écrivain vient nous parler de son livre "Alma" publié aux éditions Gallimard. Il y aborde la filiation, les origines et l'ascendance.

Aujourd'hui l'écrivain, né à l'Ile Maurice, vit en Chine, et revient sporadiquement en France dont il dit que c'est "un pays en turbulence, avec beaucoup de problèmes qui ne sont pas résolus. Quand vous arrivez à Paris, vous traversez une zone qui vous serre le coeur", "on va devoir faire face à des problèmes qui ne sont pas politiques, mais économiques et sociaux".

"Toujours ailleurs"

"J'ai toujours été ailleurs : Je suis né mauricien à Nice, donc j'ai toujours été considéré comme un corps étranger à Nice, ensuite j'ai grandi en France, mais j'ai dû m'expatrier car je ne trouvais pas de travail. Donc j'ai enseigné au Mexique, aux États-Unis, et au fil des années, j'ai pris l'habitude de bourlinguer. Je garde des attaches réelles et fortes avec la culture française, avec la langue (...)"."Je n''ai pas besoin d'écouter parler français, du bruissement des mots, pour écrire", précise l'écrivain.

Quand j'écris, les mots viennent naturellement, quand je suis devant ma feuille de papier avec mon stylo, le flot des mots se fait entre mon éducation française et le pays dans lequel je suis

"Alma" est l'un des premiers endroits où on a introduit la culture de la canne à sucre, explique l'écrivain : "Dans ma famille, ils avaient des petits lopins de terre. C'est resté un endroit lié à ma famille, à l'île Maurice".

Les dodos, figures tragi-comiques

Les "dodos", ces oiseaux aujourd'hui disparus, sont présents dans le roman : "C'est un fossile qui était vivant à l'époque où les premiers humais sont arrivés à l'île Maurice (...) le dernier plus gros oiseaux à terre dans cette région, de la famille des colombes, énorme, connu pour avoir servi d'illustration dans 'Alice aux Pays des Merveilles', décrit à l'époque un peu comme un humain, un peu ridicule et en même temps touchant, quand on le capture il pleure, il se laisse mourir de faim si on l'enferme, il ne peut pas vivre sans sa compagne et il est condamné. Une figure tragi-comique, qui correspond assez à l'idée qu'on peut se faire des humains".

La genèse d'Alma

"Ce livre je l'ai commencé il y a 30 ans, en allant dans les archives d'Outre-mer, rue Oudinot à Paris, en lisant la liste des noms de baptême des esclaves : je me suis dit 'un jour il faudra parler de ces gens, où sont -ils', pourquoi ne connait-on qu'une petite partie de cette région du monde?"

"Quand il s'agissait de baptiser des esclaves, explique Le Clézio, on leur donnait un prénom tout de suite c'était facile, mais pour le nom de famille, on leur donnait le nom du bateau dans lequel ils étaient arrivés, 'L'hirondelle', 'La sémillante', 'le Redoutable', c'est le vol de leur nom, de leur existence". Le seul héritage de ces esclaves, ce sont des tas de pierre situés le long d'une route dans une partie de l'île, "des tas de roches que les esclaves ont extrait du sol".

Une société revenue 'au temps de Dickens'

Sur la société actuelle, celui qui avait dit, lors des dernières élections "rendre son passeport si Marine le Pen passait" estime qu'on est "retourné au temps de Dickens", avec des "écrasés" naufragés de la société moderne.

L'écrivain qui confie lire des ouvrages de Darwin avant de dormir , pour le "balancement des phrases", explique aussi être calme car il est "toujours en colère" :

La colère c'est le manque de contrôle de soi, céder à une facilité autodestructrice

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Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature © Maxppp / LEONARDO MUÑOZ
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