Fabienne Klein Donati, procureure de la République du tribunal de grande instance de Bobigny, est l'invitée de Nicolas Demorand à 8h20.

Une semaine après son discours lors de l'audience de rentrée du tribunal de grande instance de Bobigny, où elle alertait sur le manque de moyens du tribunal de Bobigny dans un département, la Seine-Saint-Denis, où la délinquance atteint des sommets, Fabienne Klein-Donati est l'invitée de Nicolas Demorand. Elle répond à ses questions sur la dégradation de la réponse pénale, la police du quotidien et la verbalisation du cannabis.

La procureur dresse un constat 'alarmant' de la justice en Seine-Saint-Denis, le plus criminogène de France : sur une grande partie de la délinquance de ce département, elle avance en 2017, "84 000 atteintes aux biens, 31 000 agressions physiques ( dont 10 000 sans arme)" : "Pour voler votre portable, on vous cogne, on vous laisse sur le carreau et vous pouvez y passer."

Nous sommes  53 magistrats mais on fait le travail de 56,6 : on est en sur-régime  

Passant rapidement sur le manque des moyens qui se voient aussi dans les locaux et dans les conditions de travail (problème de chauffage, vétusté) : "C'est vrai que les conditions de travail sont difficiles, mais ce qui compte dans ces batiments, c'est ce qu'on peut y faire."  

Très clairement, il y a une question de moyens  : "L'effort est fait mais dans les contraintes budgétaires du ministère de la Justice (...) Pour être au niveau des enjeux du département, il faudrait que ce soit plus important", explique Fabienne Klein-Donati, qui rappelle aussi que "pour faire un magistrat, il faut 31 mois".

Elle reconnait les faiblesses : "On pêche à gérer la masse", mais Bobigny est, selon elle, symptomatique de problèmes rencontrés dans d'autres juridictions.

Sur le manque de moyens dans le département le plus 'criminogène' de France

"On ne vient pas correctement au secours des personnes qui vivent dans les quartiers, il faudrait presque une 'task force' pour que les citoyens de Seine-Saint-Denis vivent dans de conditions normales : des policiers, des enseignants, des magistrats".

"En Seine-Saint-Denis", poursuit la procureur, "il n'y a pas de zone de non-droit. La police rentre mais il faut voir les conditions dans lesquelles elles rentrent, les policiers, dans une majorité de quartiers ne sont pas les bienvenus"

J'ai fait des visites de quartiers (...)où vous ne savez pas ce qui peut vous tomber sur la tête 

Le manque de moyens entraîne aussi un fonctionnement : "On fait des choix, on priorise, c'est compliqué : par exemple les vols à l'étalage (...) ou l'usage de stupéfiants ne sont pas poursuivis", raconte Fabienne Klein-Donati qui précise qu'à certains endroits, les trafics de stupéfiants engrangent jusqu'à 25 000 euros par jour.

Pour autant, si ces trafics ne sont pas toujours poursuivis, ce n'est pas une volonté politique de le laisser s'implanter, comme l'explique la magistrate, qui raconte ce département : "170 nationalités, 1 600 000 habitants - plus 200 000 clandestins - toutes les nationalités, le monde entier est représenté en Seine-Saint-Denis (...)En CMU, on est au double du niveau national, 30 % de la population a moins de 20 ans".

"Effectivement le trafic de stupéfiants s'implante, produit, il nourrit, il loge... mais pour autant, il ne faut pas tirer la conclusion que c'est voulu" : 

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Fabienne Klein-Donati © AFP
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