L'essayiste s'inquiète, dans son nouvel ouvrage, de la débâcle idéologique de la gauche. Comment "désinhiber les progressistes" face à une droite de plus en plus décomplexée?

Raphaël Glucksmann au rassemblement place de la république pour les réfugiés et migrants en septembre 2015
Raphaël Glucksmann au rassemblement place de la république pour les réfugiés et migrants en septembre 2015 © Maxppp / Aurélie Ladet

"Nous devons lutter contre le terrorisme, mais faut-il aller jusqu'à exterminer une ville pour lutter contre Daech, qui n'est même pas dans ces quartiers ?" : le philosophe Raphaël Glucksmann est indigné par la situation à Alep, en Syrie. "Depuis cinq ans, Bachar al-Assad mène une guerre d'abord contre son peuple. Ce qu'il se passe à Alep est un désastre (...). Il est temps de montrer à Poutine que son comportement en Syrie est anormal".

Face aux discours réactionnaires, l'essayiste réagit : "On nous dit c'était mieux avant... Mais avant qui ? Avant quoi ?". "La France, depuis toujours, a été grande quand elle a défendu sa mixité, son cosmopolitisme", ajoute-t-il. Ce fut le cas par exemple, selon lui, au moment de l'insurrection de la Commune de Paris, "où les ouvriers polonais se battaient aussi pour une cause internationaliste".

"Il n'y a pas de discours cosmopolite en face"

Pour Raphaël Glucksmann, "les Zemmour, les Finkielkraut et les autres ont toujours existé, il n'y a jamais eu de période sans pensée réactionnaire en France". Mais "il y a eu un grand débat sur ce qu'on est, et aujourd'hui il y a un grand silence des progressistes et des humanistes face aux discours réactionnaires".

"Il ne faut pas croire que les premières vagues d'immigration n'étaient pas villipendées par les fonctionnaires d'alors", ajoute-t-il. Mais aujourd'hui, "le problème n'est pas qu'il y a des discours stigmatisants, c'est surtout qu'il n'y a pas de discours cosmopolite en face". Et cette séparation va au-delà du clivage droite-gauche selon lui : "Toute une partie de la contestation du discours réactionnaire vient d'une partie de la droite", affirme-t-il.

"L'esprit du 4 août" récupéré par le FN

Ce qu'il reproche à la gauche, c'est d'être aujourd'hui "incapable d'assumer un horizon collectif et de défendre des principes. Ca remonte aux années 70 et 80 où on a accepté qu'il fallait abandonner les grandes idées et faire du fact-checking des idées de droite".

Autre problème : "l'esprit du 4 août, de la nuit de l'abolition des privilèges, c'est la remise en cause permanente des privilèges dans la société : la gauche a largement abandonné ce combat-là". Et à l'inverse, c'est le Front national qui les a récupérés : "Les Calaisiens qui me parlent me disent que Marine Le Pen est la seule qui parle contre les privilèges des élites".

"Tant que les dirigeants socialistes accepteront de dormir tranquilles alors que le monopole de ce qui a fait la gauche, cette remise en cause des privilèges, est capté par le Front national, nous n'en sortirons pas. Il faut réinvestir ce terrain-là".

Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes, de Raphaël Glucksmann (Allary Editions)

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