Le revenu universel oppose les candidats à la primaire à gauche. Décryptage avec l'économiste Daniel Cohen, directeur du département d'économie de l'Ecole normale supérieure.

Daniel Cohen aux entretiens du Trésor, ministère de l'économie et des finances - 23 janvier 2015
Daniel Cohen aux entretiens du Trésor, ministère de l'économie et des finances - 23 janvier 2015 © Maxppp / Christophe Morin

Proposition phare de Benoît Hamon, le revenu universel est également défendu par Jean-Luc Bennahmias au sein de la primaire du PS et de ses alliés, et porté par Yannick Jadot pour les Verts. C'est l'une des idées neuves de la campagne.

Comment ça marche ?

Le revenu universel serait distribué sans distinction d'âge, sans considération de ce que l'on fait par ailleurs, ce n'est pas conditionné à la recherche d'emploi.

Daniel Cohen : "C'est un revenu de base pour se protéger des aléas de l'existence. C'est une idée défendue par Thomas Paine en 1795 pour réparer les injustices. Il sera cumulable, et quels que soient ses moyens."

Sur le plan philosophique, l'intérêt c'est que tous les individus puissent partager. Chaque enfant aurait droit à 300 euros quelque soit le revenu des parents. Si on donne 700 euros par personne, ça coûterait 500 milliards par an un quart du PIB.

Daniel Cohen : "Je pense qu'il faut donc une mesure universelle pour tous, quelle que soit la situation, mais il faut la cibler pour ceux qui gagnent moins de 2 000 euros."

A droite ceux qui sont pour le sont pour solde de tout compte, en disant s'il y a un revenu universel, il n'y a plus de raison d'avoir des allocations chômage . Même les Américains les plus libéraux ont été favorables pour ces raisons-là. Pour les gens de gauche c'est un dispositif qui s'ajoute aux autres et qui réparent les inégalités. Ceux qui sont contre; c'est parce qu'ils pense que c'est un moyen de précariser les gens.

Daniel Cohen : "Je pense que ça renforcerait le pouvoir de négociation des gens. il n'y aurait plus de chantage social, tu bosses à mes conditions ou tu crèves". Pour savoir si ça marche, on va voir ce qui se passe par exemple en Gironde qui va l'expérimenter. On verra si c'est une prime à l'oisiveté ou non. Ce n'est un moyen de plus travailler du tout, c'est une sécurité."

Pourquoi ne pas créer des emplois ?

Daniel Cohen :"La priorité budgétaire sur la création d'emplois est un vrai sujet. Personnellement c'est là que je diffère avec ceux qui défendent le RU le plus pur. On n' a pas 300 milliards en réserve pour mettre cela en place. Il faut donc un revenu ciblé avec un système progressif, en sifflet, qui permettrait de ne pas toucher trop."

Daniel Cohen :"Par ailleurs, ça ne doit ne pas nous dispenser de faire des efforts pour réduire les inégalités et sortir les gens de la pauvreté. Et pour les étrangers : c'est la résidence en France et non la nationalité qui déclencherait le système".

Le revenu universel pour une société sans travail ?

Daniel Cohen :"Il y aura du travail pour tout le monde. Quels emplois ? c'est cela la question. Le clivage ce n'est pas entre les gens qualifiés non qualifiés. La question est avez-vous un travail routinier ? Alors vous allez être numérisé... Si vous faites quelques chose qui ne se répète pas, vous êtes moins concernés. Ce sont les créatifs, et ceux qui sont dans le rapport aux autres. C'est dans le milieu , dans les emplois intermédiaires, le cœur de la classe moyenne, que sont rongés les emplois ; il faut réinventer les emplois pour la classe moyenne".

L'entretien avec Patrick Cohen

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