Elisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut, philosophes, sont les invités de Nicolas Demorand à 8h20. Ils répondent aux questions des auditeurs à partir de 8h40.

Elisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut
Elisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut © Philippe Matsas

Les deux philosophes Alain Finkielkraut et Elisabeth de Fontenay, amis depuis de nombreuses années, se querellent dans le livre "En terrain miné" (éditions Stock). Ils abordent plusieurs sujets dont l'islam, l'éducation et l'immigration.

Par cette discussion nous avons pu montrer qu'on pouvait sortir de ce tribunal et se disputer autrement

"Notre amitié, rassurez vous, a survécu à tous ces orages", tempère Elisabeth Fontenay, qui rappelle "Je ne suis pas progressiste (...) J'ai assez travaillé pour me méfier de cette notion progressiste, pour ne pas croire qu'on va quelque part pour un avenir meilleur. L'espérance, je n'aime pas trop, je suis de gauche, c'est démodé par rapport a Macron, mais (...) les problèmes sociaux (...), la lutte des classes, continuent à jouer de façon fondamentale dans ma pensée".

Elle explique pourquoi elle a proposé ce débat épistolaire à son ami :

Nous vivons aujourd'hui l'extension démente du domaine du racisme (Alain Finkielkraut)

Alain Finkielkraut : "Les vrais déclinistes sont les progressistes (...) ils accélèrent des processus dans lesquels nous sommes emportés (...) je n'ai aucun intêret à figer l'ordre social, je plaide pour la sauvegarde d'un certain nombre de choses, de la terre, de la lande, de notre civilisation (...) Agir ce peut etre aussi épargner le monde et freiner les processus. En ce sens seulement, j'accepte l'épithète de 'conservateur'".

Philippe Besson égratigne Alain Finkielkraut, par les mots prononcés par Emmanuel Macron ("Esprit triste englué dans une invective permanente") dans son livre "Un personnage de roman" :

"Je suis accablé par ce discours (...) je l'ai rencontré [Emmanuel Macron] en janvier 2016 (...) Il était tout doux, tout miel, il voulait me séduire, me convaincre (...) C'est ce jour-là que je lui ai dis que cette opposition/progressiste, par laquelle il voulait remplacer le clivage droite/gauche, ne me semblait paqs pertinente. Conserver n'était pas forcément l'immobilisme, c'était aussi un mode d'action".

Emmanuel Macron a voulu m'envelopper, il n'a pas réussi à le faire (Alain Finkielkraut)

C'est désolant de ne pas pouvoir parler sans être traité de réac, de raciste ou de fasciste. Notre livre montre qu'une façon différente de dire les choses, de se disputer, est possible

"Féminisme d'un autre temps"

L'un des passages du livre où la friction se fait sentir aborde le féminisme : Elisabeth de Fontenay dénonce le "Féminisme d'un autre temps" d'Alain Finkielkraut, son "besoin de revenir à la galanterie".

"C'est une idée du Grand Siècle, ça n'a plus de raison d'être aujourd'hui (...) Ce que je reproche à Alain, c'est le mélange entre l'affect (...) et la prise de position politique. Je suis sur une position féministe, universaliste et non communautariste."

"Je me suis rendu compte que la spontanéité [avec les femmes], c'était l'autre nom de la muflerie, répond Alain Finkielkraut. J'ai compris l'importance de la douceur des manières, vis-à-vis des femmes, c'est peut-être la galanterie, c'est tout ce que je dis".

"Certaines féministes continuent à dénoncer l'aggravation de la domination masculine (...) Ces mauvaises joueuses d'un nouveau type ne reconnaissent pas suffisamment leur victoire. C'est cela qui m'agace un tout petit peu".

Tu ne fais pas suffisamment de distinction entre les féminismes, parce que tu ne les connais pas bien (Elisabeth de Fontenay à Alain Finkielkraut)

La question des migrants divise

"Alain aborde cette question avec une éthique de gouvernant, je l'aborde avec une éthique de conviction. Il faudrait que ces deux éthiques se rapprochent, mais il y a une sorte de défaut éthique chez Finkielkraut, par rapport à la misère du monde".

C'est tellement là, peut-être, que la civilisation européenne va déclarer forfait, que cela mérite une très grande attention (Elisabeth de Fontenay)

"Ce que je reproche à Elisabeth de Fontenay, c'est son côté 'En même temps'", explique Finkielkraut, évoquant leur approche divisée à l'égard du Pape : "Ce pape, dans l'hospitalité sans limite qu'il préconise (...) et dans sa soumission à l'Islam est tout simplement affligeant (...) La foi, l'espérance et la charité mérite mieux que l'angélisme".

Sur "l'antisémitisme" de Renaud Camus

Le philosophe prend la défense de l'écrivain controversé, théoricien du "Grand Remplacement" : "Le 'Grand Remplacement', c'est un fantasme ignoble quand on en pense du mal et c'est une réalité délicieuse quand on en pense du bien" estime Finkelkraut.

►ÉCOUTER | "Répliques", l'émission d'Alain Finkelkraut sur France Culture, consacrée à Renaud Camus

"Camus n'est quand même pas Céline", répond Elisabeth de Fontenay, qui revendique le droit de ne pas avoir lu l'auteur, tout en ayant eu "communication, par des amis, de ses blogs". "Alain s'est ancré dans une défense tout azimut de Renaud Camus que je ne comprends pas du tout", poursuit la philosophe.

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