La romancière Leïla Slimani, Prix Goncourt 2016 pour son deuxième livre "Chanson douce" (Gallimard), est la présidente du Prix du Livre Inter pour l'édition 2018. Elle est l'invitée de Nicolas Demorand à 8h20.

La romancière Leïla Slimani a été choisie mardi comme présidente du jury du prix du Livre Inter, un prix littéraire très prisé qui sera décerné le 4 juin.  Lauréate du prix Goncourt en 2016 pour "Chanson douce" (Gallimard), un roman désormais traduit en 38 langues, et "représentante personnelle" du président Emmanuel Macron pour la francophonie, Leïla Slimani succède à Elisabeth Badinter.  

La romancière âgée de 36 ans présidera un jury composé de 24 auditeurs-lecteurs de la radio publique (12 hommes et 12 femmes), qui devront choisir le lauréat parmi dix ouvrages.  Créé en 1975, le prix du Livre Inter suscite généralement un fort engouement populaire et les livres primés sont quasiment assurés de figurer parmi les meilleures ventes.  L'an dernier, le prix avait été décerné à Jean-Baptiste Del Amo pour "Règne animal" (Gallimard).

Leïla Slimani se dit honorée par son rôle de présidente pour désigner "un prix magnifique, adoré par les écrivains (...) J'ai envie d'entendre ce que les lecteurs ont à dire"

Ce que le Goncourt a changé dans ma vie ? J'ai reçu énormément d'amour   

À propos de son livre "Sexe et mensonges"(Les Arènes), sur la sexualité des femmes dans le monde arabe : "Les médias marocains ont joué le jeu, [le sujet] n'est pas un tabou médiatique" mais la romancière estime que la question est "au point mort sur le plan politique".  

"Mobiliser pour la francophonie"

Selon Leïla Slimani, la francophonie est "un concept qui n'arrive pas à mobiliser les foules, il faut lui inventer un avenir". Pourtant l'écrivain raconte l'appétit rencontré, au cours de ces voyages, à l'égard de la langue de Molière : "En Inde, 500 000 personnes aujourd'hui apprennent le français, il y a un immense appétit auquel il faut répondre."

Toutefois, elle ne fustige pas le recours régulier à l'anglais comme le fait le président de la République : "Il faut parler le plus de langue possible, car c'est merveilleux". Et citant un poète marocain :

Quelqu'un qui ne parle qu'une seule langue, c'est quelqu'un qui habite une maison avec une seule fenêtre, et qui ne regarde qu'un seul paysage

On est toujours le traître de quelqu'un, le Bounty d'un autre : moi je ne subis pas la langue française, qui a de grands poètes partout dans le monde

Publier ou pas des oeuvres littéraires amorales?

Faut-il montrer ou pas les grandes oeuvres, jugées amorales, comme les pamphlets de Céline ou les textes de Charles Maurras ? Sur la question de la morale en art, Leïla Slimani explique qu'il faut "continuer à lire et à regarder ces oeuvres" : "Avec un vrai travail critique, c'est intéressant. La littérature doit rester un espace de liberté, pour moi il faut publier [ces textes]."

Leïla Slimani sur la question du voile et l'affaire Mennel de The Voice, citant l'écrivain Julien Green : "Les mains pures ne jettent pas de pierres" , et parlant de l'invisibilité médiatique des femmes voilées, elle souligne : "Cette invisibilité, je l'interroge. Est ce qu'il ne faut pas croire à la rédemption, au pardon, doit-on être esclave de son passé, de ce que qu'on a dit quand on avait 15 ou 16 ans?"

Sur la politique d'accueil des migrants prônée par le gouvernement : "Je ne la comprends pas, elle est expliquée avec l'angle de la fermeté (...) Le rapport aux associations sur le terrain est très froid". 

"C'est la grande question de notre temps, il faut avoir une réflexion profonde et réelle", estime la romancière qui explique avoir évoqué le sujet avec Emmanuel Macron, "qui ne lui a pas encore répondu."

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La romancière Leïla Slimani, présidente du livre Inter 2018 © AFP / Lionel Bonaventure
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