La chute d'Alep marque un tournant dans la guerre en Syrie. Quelle sera la carte du Moyen-Orient dans les semaines et mois à venir ?

Les forces pro-gouvernement Assad devant la mosquée Umayyad
Les forces pro-gouvernement Assad devant la mosquée Umayyad © AFP / Youssef KARWASHAN

Un cessez-le-feu a été acté hier soir à Alep, au moment même où une réunion d'urgence était convoquée aux Nations Unies sur la situation dramatique dans la deuxième ville de Syrie. Les forces armées syriennes, aidées par la Russie, viennent de reprendre le contrôle de la quasi totalité des quartiers est de la ville. La France demande le déploiement d'observateurs des Nations unies pour superviser l'évacuation des civils et des combattants d'Alep-Est et garantir leur sécurité au lendemain d'informations faisant état d'exécutions sommaires. L'évacuation, prévue ce mercredi matin, des secteurs d'Alep encore tenus par les rebelles a été repoussée pour des raisons inexpliquées, a affirmé de son côté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), tandis que les insurgés accusent les milices chiites pro-Damas de bloquer l'opération. La chaîne Orient TV, proche de l'opposition, rapporte de son côté que les opérations pourraient ne commencer que jeudi.

Comment évoluera la situation au Moyen-Orient dans les prochains mois ? Le tropisme russe du président américain Donald Trump changera-t-il la donne en Syrie ?

Nos invités

  • Ziad Majed, Politologue franco-libanais, professeur d'Études du Moyen-Orient à l'Université Américaine de Paris
  • Laurence Nardon, Chercheure, responsable du programme Amérique du Nord à l’IFRI

Qui sont les civils et combattants qui attendent leur évacuation ?

Ziad Majed : ils sont 100 000 civils et des milliers de combattants. Ce sont ceux qui ont chassés Daesh en 2013 et 2014. Ils veulent se battre en Syrie même, ce sont ceux des opposants que Bachar a stigmatisé. Hôpitaux, boulangeries, tout ce qui permet de survivre a été détruit.

Il y a aussi des combattants qui posent problème, un problème pour les Syriens eux- mêmes pour commencer. Ceux-là, Ils seraient quelques centaines, c'est peu par rapport au millier des opposants à Bachar.

Le message que l'on envoie aujourd'hui, c'est que le droit international ne protège pas le peuple syrien. C'est le message de l'impunité des criminels depuis 2012 dans ce pays, où tout le monde peut justifier ses crimes.

Laurence Nardon : L'administration Obama a une responsabilité terrible dans ce qui se passe, notamment avec le revirement de 2013. Trump ? On est sur une forme de repli, il aura la même réticence à intervenir qu'Obama mais elle vient d'autre part. Trump est dans un repli nationaliste. il est à l'opposé des idéalistes tels Hillary Clinton.Trump va être sur la protection du territoire.

Ziad Majed : Où en serait la Syrie si la Russie n'était pas sur le terrain depuis un an ? il y a eu des milliers de civils ont été tués par les bombardements russes. il y a 200 000 civils syriens morts dans le cadre de ce conflit. Il y avait des alternatives politiques possibles mais pour cela il fallait faire taire les bombes. Si la Russie n'était pas intervenue, Bachar ne serait peut-être pas au pouvoir à l'heure qu'il est. Il y avait un processus possible de transition au sommet de l'état syrien. Puis les Russes ont commencé ont changé de langage, et ils ont renversé le rapport de forces.

Ziad Majed : On sait qui tue qui. Ce conflit est très bien documenté, il y a des gens qui fournissent des infos de grande crédibilité sur tous les crimes de guerre perpétrés en Syrie. Ne faisons pas de comparaison avec la guerre de l'Arabie saoudite contre une partie de la population du Yemen, il y a des crimes de guerre. Mais n'utilisons pas le Yemen pour détourner le regard de la Syrie. L'impunité que l'on a laissé s'installer en Syrie encourage d'autres pays à agir contre les populations d'autres pays. Il y a un négationnisme très actif qu'il faut combattre.

Laurence Nardon : Les ambassadeurs russes, pourquoi ne sont-ils pas renvoyés des pays européens ? On est saisi par cette résurgence de la puissance russe. Le renvoi des ambassadeurs seraient effectivement un pas très importants que les chancelleries hésitent à le faire.

Laurence Nardon : Les gens que Trump choisis vont le tirer dans des sens divers sur les questions de politique étrangère. Maintenir Bachar en place serait le moyen d'obtenir une stabilité, selon l'idée de Trump. Mais Trump est méfiant sur l'Iran, contrairement à Poutine. Le terrorisme sunnite radical est pour Trump la menace principale. Il veut défendre le clan américain contre Daech. Or ce n'est pas une priorité de Poutine. Ces deux mâles dominants ne vont pas forcément s'entendre longtemps.

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