Le scénariste et écrivain, qui vient de recevoir le Prix de l’Académie Européenne du Cinéma pour l’ensemble de son œuvre, publie un ouvrage sur la paix.

Jean-Claude Carrière
Jean-Claude Carrière © AFP / PATRICK KOVARIK

"Il serait bien temps de parler de la paix", prévient Jean-Claude Carrière, qui note "qu'on vient de parler d'armement et de budget". L'écrivain, scénariste et réalisateur, dont le fil conducteur du travail est "la curiosité avant tout" et qui se dit "pur produit de l'éducation républicaine, qui a réussi à accéder à l'école Normale supérieure grâce à une bourse", publie un ouvrage sur la paix.

"La guerre est un conflit, donc elle provoque des situations, y compris pour les auteurs dramatiques"', explique-t-il. "La paix, on a l'impression qu'il n'y a rien à en dire. Et c'est ce que je me disais quand j'ai commencé à travailler sur ce sujet. Et petit à petit, j'ai découvert que c'est très passionnant, il y a des paix dangereuses, d'autres révélatrices, des longues et des brèves, il y a des paix très différentes".

En 1849, Victor Hugo déclarait qu'un jour, "la guerre paraîtra aussi absurde entre Paris et Londres (...) qu'elle le paraîtrait aujourd'hui entre Rouen et Amiens". Or, explique Jean-Claude Carrière, "elle vient d'avoir lieu entre Damas et Alep, qui sont deux villes du même pays, de la même culture, et distantes de 300km". Le discours de Victor Hugo "est contredit par les faits" : "la paix n'est pas assurée, on ne peut pas la certifier", déclare l'écrivain.

La question qu'il faut se poser, c'est si la violence "est ancrée en nous", ou si elle dépend de facteurs extérieurs et qu'on peut donc s'en détacher, selon Jean-Claude Carrière. Mais d'après lui on est aujourd'hui entrés dans un nouveau paradigme : "Nous vivons en paix mais nous sommes en guerre. Les deux notions sont en train de se confondre", dit-il.

"D'où vient le mal en nous ?" : cette question, tous les philosophes et les théologiens se la sont posé depuis des siècles, sans jamais lui trouer une réponse complète. Autre interrogation : "si le capitalisme porte la guerre en soi, alors quel nuage porte la paix ?" demande l'écrivain, interrogé sur le discours de Jean Jaurès qui estimait que le capitalisme portait par essence la guerre.

"De très grands écrivains ont écrit des textes faisant un éloge de la guerre comme une chose sublime, qui nous porte au plus haut de nous-mêmes", explique-t-il, ajoutant que dans l'art d'écrire, "toute histoire dramatique doit contenir un conflit, ça, ça nous vient d'Aristote". Il ajoute s'être amusé "à remplacer le mot "guerre" par "paix" dans plusieurs expressions... et parfois ça marche !", dit-il.

Quelle musique Jean-Claude Carrière écouterait-il pour s'apaiser ? A cette question, l'écrivain répond qu'il "ne prendrait pas une musique calme, mais un morceau de jazz très vif, pour me délivrer de la violence qu'il peut y avoir en moi". Interrogé ensuite sur la place des femmes dans la guerre, il affirme que selon lui la femme est moins belliqueuse que l'homme. "Je voudrais bien que les femmes prennent le pouvoir de temps en temps, je suis prêt à me soumettre", dit-il.

Enfin, Jean-Claude Carrière dit regretter que l'on oublie des valeurs qui traversent pourtant les croyances et les modes de pensée : "La compassion dans la tradition bouddhiste, la charité dans la tradition chrétienne, la fraternité dans la tradition républicaine, ces trois mots ont disparu de notre vocabulaire".

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