Les policiers manifestent depuis plusieurs jours et ont été reçus par Bernard Cazeneuve en urgence cette semaine. Explications et témoignages avec nos invités.

Policier français
Policier français © Getty / Fred de Noyelle

Jean-Luc Taltavull est le secrétaire général adjoint du syndicat des commissaires de police (SCPN) et Charlotte (prénom d'emprunt) est policier en Île de France depuis plus de vingt ans.

Les deux policiers, chacun à un niveau hiérarchique et opérationnels différents, ont témoigné de concert du malaise ressenti par les policiers, malaise duquel est issu quatre nuits et quatre jours de manifestations.

►►► Ras-le-bol policier : des centaines de manifestants de nouveau dans les rues partout en France

Ce malaise n'est pas nouveau, explique Jean-Luc Taltavull : "cette colère, on l'a plus que senti monter puisque cela fait au moins deux ans que nous témoignons de grande fatigue auprès de notre hiérarchie."

Un sentiment partagé par Charlotte, major de police en Île-de-France et qui dirige une trentaine de personnes. Elle témoigne de l'évolution sur les vingt dernières années : "En 23 ans, ce qui a le plus changé c'est d'abord la violence à laquelle on est confrontés, mais aussi le manque de considération par notre hiérarchie."

Une violence d'autant plus forte que "le policier devient un symbole de la République", décrypte la major de police. "On ne veut plus devenir des cibles, les gardes statiques, ce n'est plus possible."

La politique du chiffre

La déconsidération de la hiérarchie, elle passe beaucoup par la politique du chiffre, ressentie et mal vécue par les agents de terrain. Selon Charlotte, les consignes de la hiérarchie visent à favoriser la verbalisation des stationnements non autorisés aux autres missions des services : "on a demandé il y a quelques temps de ne plus faire d'interpellations qui nous prennent trop de temps."

Une politique du chiffre issue de la loi Finance de 2001, explique Jean-Luc Taltavull, qui a abouti selon lui à l'explosion des chiffres sur l'insécurité : "la sécurité devenant ce qu'elle est, c'est-à-dire qu'elle devient politisée, on fait d'abord semblant qu'il n'y a pas d'insécurité. Mais aujourd'hui, elle est telle que les policiers eux-mêmes se semblent en insécurité."

Interrogée par un auditeur sur la suppression progressive d'effectifs par la droite, et de la police de proximité, et l'absence de véritable protestation de la part de la police, Charlotte admet la "docilité" dont les policiers ont fait preuve : "on a été docile, on a écouté notre hiérarchie, on a pensé aussi que tout aller bien se passer puis tout s'est dégradé. [...] Ça fait un an et demi qu'on souffre, depuis les attentats" .

Elle a exhorté sa hiérarchie à mieux écouter les policiers : "notre travail, on sait le faire. Il faut que l'on communique plus, que l'on travaille tous ensembles. Il y a un fossé qui s'est creusé et il faut le combler."

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
  • 0145247000
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.