Le succès de François Fillon à la primaire de droite est-il le signe d'un retour aux valeurs conservatrices ? Nos invitées: l'avocat Caroline Mécary et la philosophe Bérénice Levet

L'avocate Caroline Mecary, spécialiste du mariage gay et des droits des LGBT
L'avocate Caroline Mecary, spécialiste du mariage gay et des droits des LGBT © AFP / JACQUES DEMARTHON

Peut-on parler de retour au conservatisme avec le succès de François Fillon au premier tour de la primaire de droite ? "Conservatisme oui, mais ce n'est pas réactionnaire", affirme la philosophe Bérénice Lévet, qui se revendique conservatrice. Face à elle, l'avocate Caroline Mécary assume qu'elle qualifie l'électorat de François Fillon de "réactionnaire".

"Récit national"

"Je ne pense pas qu'il y ait une vague de fond qui remette en question l'avortement", affirme Bérénice Lévet. Mais malgré tout, pour Caroline Mécary, "ces débats sont la traduction d'une montée très conservatrice menée par les franges catholiques de la droite". L'avocate ajoute que selon elle, "si on ne veut pas sacraliser le passé, il ne faut pas rouvrir ces questions", d'autant plus que "François Fillon sait très bien que sa parole publique a un effet".

Que représente François Fillon sur le plan des valeurs ? "Qu'il incarne une certaine idée de la France, ça ne me choque pas", estime la philosophe Bérénice Lévet, qui affirme qu'il "y a des choses que nous avons à restaurer", notamment sur l'éducation. Un argument irrecevable pour Caroline Mécary, qui dénonce le fait que "François Fillon veut inventer un "récit national", c'est un repli identitaire qui n'est pas possible".

Selon Bérénice Lévet, il y a pourtant un manque à ce niveau-là aujourd'hui : "Dans les années 70, on a considéré que les enfants seraient plus créatifs si on ne leur transmettait plus le vieux monde", or "un individu ne se construit pas hors d'une narrativité".

Interrogée sur la question de la réalité aujourd'hui de ce retour au conservatisme, Bérénice Lévet s'est dite étonnée "qu'on puisse douter d'une révolution conservatrice, au bon sens du terme, car nous aspirons à revigorer certains éléments du passé, à redonner un peu de chair à cette nation".

Une analyse sur plusieurs décennies

De son côté, Caroline Mécary explique ce mouvement sur plusieurs décennies : "Depuis les années 60 on a un mouvement très progressiste sur la famille, avec d'abord les droits de la femme, puis de l'enfant, aujourd'hui des homosexuels. Et en face, il y a un mouvement conservateur, voire rétrograde, qui s'est structuré et a pris énormément d'ampleur, notamment au moment de la manif pour tous", assure-t-elle, ajoutant que ce mouvement bénéficie de moyens importants, "en lien avec les fondamentalistes américains qui ont beaucoup d'argent".

Pour Bérénice Lévet, le fait que le mouvement soit soutenu par des mouvances similaires outre-Atlantique est bien la preuve qu'il ne faut pas le négliger : "Ce mouvement travaille notre nation et les nations européennes depuis largement une décennie (...), on ne peut s'en tenir à la France !".

Catholicisme politique ?

Pourquoi la religion est-elle si présente dans les débats politiques ? L'avocate Caroline Mécary dénonce l'arrivée, comme pour l'islam politique, d'un "catholicisme politique" qui est le fait de "lobbies agissants". Bérénice Levet répond à cet argument en dénonçant une "manipulation pour essayer de nous faire croire que la nouvelle menace en France, c'est la résurgence d'un conservatisme catholique".

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