Le cinéaste et président de la Cinémathèque française est l'invité de Patrick Cohen pour la parution de son coffret DVD « Intégrale vol.1 (1965-1983) » (Arte éditions)

Costa-Gavras, Festival de Cannes 2016
Costa-Gavras, Festival de Cannes 2016 © AFP / Anne-Christine Poujoulat

A 83 ans, le cinéaste franco-grec sort sa toute première intégrale DVD. Le coffret qui sort ces jours-ci contient ses neuf premiers films, de “Compartiment tueurs”, qui était impossible à voir jusqu’à présent pour des raisons de droits, jusqu’à “Hanna K”.

“C’est émouvant de revoir ces films, avec des acteurs, des amis. En revoyant le travail, je m’aperçois aussi qu’il y a beaucoup de choses qui ont changé dans notre monde, et dans ma vie aussi”, raconte le réalisateur, qui a restauré chacun des films “image par image”.

“Je ne voulais pas que mes films sortent un par un, je voulais qu’ils sortent ensemble”.

Avec la restauration, Costa-Gavras dit avoir retrouvé “grâce au numérique exactement la qualité d’image de la sortie”. Car ce qui frappe l’oeil dès le premier film, c’est la virtuosité technique et le rythme du cinéaste. D’où cela vient-il ? “De l’école où j’étais en France, et des réalisateurs pour lesquels j’ai été réalisateur, Jacques Demy, René Clair, Henri Verneuil, René Clément”.

“Je pense qu’il faut tenir le spectateur du début jusqu’à la fin, il ne faut pas le lâcher par des longueurs inutiles”

Avec le film Z en 1969, “la politique a fait irruption dans le cinéma” écrit Edwy Plenel qui signe le livret qui accompagne le coffret. “On a fait ce film un peu comme on écrivait sur les murs ‘à bas les colonels grecs’”, raconte Costa-Gavras. “On a eu beaucoup de mal à trouver l’argent pour le faire, on ne pensait pas que ce serait un succès”.

Autre film qui a marqué la culture américaine : “Missing”, avec Jack Lemon, l’histoire de la disparition d’un journaliste américain au Chili pendant le coup d’Etat de Pinochet. “Le vrai père votait Nixon, croyait en son pays, et n’aimait pas son fils… En allant chercher son fils, il se rend compte que c’est un type bien”, détaille le cinéaste, qui reconnait que le film a été “critiqué par une partie des américains, mais qui a été produit par une grande compagnie, Universal, il a été défendu par une partie de la presse américaine”.

Dans "Un homme de trop", Costa-Gavras a fait jouer quantité de jeunes acteurs jeunes qui ensuite sont devenus célèbres comme Claude Brasseur, Bruno Crémer ou Jacques Perrin. Ce film est plus méconnu dans sa filmographie, il est resté bloqué longtemps car les Américains ont bloqué les droits. Il a fallu se battre pour récupérer les droits mais il est dans le coffret des 9 films.

"On a des grands acteurs en France mais on ne les reçoit pas comme avant, on n’adore pas les acteurs comme avant on adorait Belmondo et Delon. On les aime mais on ne les adore pas", concède Costa-Gavras. "Et c’est mieux, je pense", ajoute-t-il.

Invité à réagir sur l'actualité politique, Costa-Gavras explique qu'il "ne pense plus qu'il faut intervenir" en tant qu'artiste : "je l’ai fait par le passé mais je pense maintenant qu’il faut laisser les gens choisir, je ne vais pas dire qu'il faut voter untel ou untel". En réaction aux déclarations de François Fillon qui estime que la colonisation était destinée à faire partager la culture française aux peuples d’Afrique, il affirme toutefois : "Le colonialisme est lamentable et condamnable d’une manière générale".

"Il vaut mieux ne pas savoir que l’on participe à la conscience politique du public", explique le cinéaste. "Il faut faire le film, et le film joue le rôle qu’il peut jouer ou ne joue aucun rôle, ajoute-t-il.

"Ce film a été une affaire très personnelle pour nous, Montand, Signoret et Semprun envers une sorte d’attractivité qu’on avait pu avoir plus jeunes envers le parti communiste et ses promesses. Puis on s’est rendus compte que tout ça ne marchait plus et que c’était tout le contraire qui se faisait, alors on a fait le film"

En revanche, le réalisateur se dit révolté "par ce qu'on fait de l'Europe : elle se trouve dans une mauvaise situation, et l'amour et le rêve qu'on a eus pour l'Europe ne se développent pas comme ils le devraient".

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