André Grimaldi, Professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie à la Pitié Salpêtrière, est l'invité de Nicolas Demorand à 8h20.

A l'heure où le hashtag balancetonhosto fait des émules sur Twitter, Nicolas Demorand reçoit André Grimaldi, signataire avec 1000 autres médecins hospitaliers et cadres de santé d'une tribune dénonçant la souffrance au travail à l'hôpital et les nombreux dysfonctionnements du système hospitalier. 

"On est au bout d'un système", déplore-t-il, "où on a eu l'idée de dire que l'hôpital est une entreprise comme les autres, qui doit vendre. Cela a été mis en place en 2008-2009, on a dit qu'il fallait augmenter l'activité avec des séjours de plus en plus courts pour qu'ils soient rentables". Or, explique le médecin, cela a causé une baisse des tarifs et du personnel. "L'hôpital explique à de jeunes diabétologues que des consultations de 45 minutes ne sont pas rentables, qu'il faut des consultations plus rapides ou alors qu'il faut faire des examens en hôpital de jour". 

"Je coule l'hôpital"

Ce que demande André Grimaldi, c'est une adaptation des modes de financement aux différents types de soins, et non pas le contraire. Il cite l'exemple d'un patient diabétique atteint d'un cancer qu'il suit : "Je suis cette personne en ambulatoire, j'instaure son traitement, je réponds à ses mails, il vient me voir les jours de chimiothérapie. Quel est le financement ? Le financement est nul ! Je coule l'hôpital avec ça", explique-t-il.  

Si l'hôpital fonctionne, c'est "pour les maladies aiguës standardisées, on est très performant pour un infarctus du myocarde par exemple. Par contre pour les maladies chroniques comme le diabète, ça ne marche pas", explique André Grimaldi, qui préconise la création d'un forfait annuel plutôt que des consultations payées à l'acte. 

"Il n'y a plus de réunions, plus d'équipes"

Alors, était-ce mieux avant ? Oui, assure-t-il : "Il y a une époque, quand j'étais jeune, où on avait le sentiment d'être dans un progrès médical, d'organisation. A l'époque, vous interviewiez un interne, vous lui demandiez s'il voulait rester à l'hôpital, il répondait oui. Aujourd’hui, les jeunes n'ont plus envie. Il n'y a plus de réunions, il n'y a plus d'équipe". Les seuls gens heureux qu'il dit croiser, ce sont les médecins et infirmiers "qui construisent les maisons de santé pluriprofessionnelles, ils ont le sentiment de créer quelque chose". 

Selon André Grimaldi, "la ministre Agnès Buzyn a fait le bon diagnostic : l'hôpital n'est pas une entreprise, moi je dis bravo. Maintenant on se demande quel sera le traitement, il faut travailler avec les professionnels pour déterminer les modes de financement (...). La ministre a le choix : soit elle fait le pas de plus et on change le statut de l'hôpital, on le traite comme une clinique commerciale et il faut changer son statut, tout le monde deviendra contractuel. Hypothèse deux : on recrée des équipes. Et on a des modes de financement adaptés à l'activité".

Répondant au témoignage d'un jeune médecin qui a fait un burn-out après six mois d'exercice, il précise qu'il "existe une corrélation entre le nombre de dépressions et de burn-out et la sécurité des soins, le nombre d'erreurs", qui sera selon lui le prochain grand scandale sanitaire. 

Que changer, alors, pour gagner en qualité ? "La qualité, c'est d'abord un travail en équipes, des gens qui peuvent se réunir pour discuter de ce qu'ils font. Et ce sont des équipes stables : si on utilise des intérimaires qui passent d'un service à l'autre et font des transmissions écrites, ce n'est pas stable". 

"Quand on se connait, quand on fonctionne ensemble, c'est une suprême qualité".

Quant aux questions budgétaires, c'est un problème biaisé selon le diabétologue : le budget de la santé représente 11% de notre PIB, avance-t-il, "alors qu'aux Etats-Unis, avec un mauvais système de soins, c'est 17%, et au Royaume-Uni 9%". Réagissant aux propos d'Agnès Buzyn qui affirme "qu'un tiers des prescriptions sont inutiles ou injustifiées", il concède : "elle a raison"

Et de citer l'exemple des cures thermales, qui représentent 400 millions d'euros pour la Sécurité sociale, ou encore des patients qui refusent les médicaments génériques : "Paie-t-on des impôts pour les gens qui refusent les génériques ?", alors que ceux-ci, propose-t-il, pourraient avoir une assurance à payer en plus. 

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André Grimaldi © AFP
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