Comment travaillent les journalistes d'investigation en période de campagne électorale? Comment expliquer l'agenda des révélations et le calendrier politique ?

Journalisme et investigation
Journalisme et investigation © Getty / Anastasiya Parshina / EyeEm

On parle beaucoup de présomption d'innoncence. Mais quand un juge d'instruction met en examen une personne, ça s'appelle une présomption de culpabilitéNos invités ce matin : le rédacteur en chef au Journal du DimancheLaurent Valdiguié et le directeur adjoint de la rédaction de l'ObsMatthieu Aron, pour évoquer la question des affaires en période électorale. Pourquoi tant d'affaires sortent-elles à si peu de temps des élections ? "C'est une période propice, où les gens se livrent, s'expriment", expliquent Laurent Valdiguié.

Dans le cas précis de François Fillon, Matthieu Aron détaille : "Il y a eu de la curiosité sur un candidat qui s'était exprimé comme l'homme qui incarnait la transparence : on est allé voir ce qui existait comme documents publics, comme déclarations". C'est ainsi que les équipes du Canard Enchaîné ont été interpellés par la déclaration de patrimoine de François Fillon, qui mentionnait son épouse Pénélope comme collaboratrice de la Revue des Deux Mondes.

"Les informations remontent à la Chancellerie"

Comment les révélations arrivent-elles jusqu'aux journalistes ? "Il y a plusieurs cas de figure", explique Matthieu Aron. "Le procureur est l"autorité de poursuite, il se saisit du dossier, et là il y a une enquête du parquet qui a toutes les pièces, mais les avocats n'ont pas accès au dossier. Mais dans les affaires sensibles, incontestablement, et sous tous les régimes, les informations remontent à la Chancellerie, donc le pouvoir politique à accès à ces pièces".

C'est notamment par l'intermédiaire de la Direction des affaires criminelles et des grâces, installée dans une annexe du ministère de la Justice, que "l'on regarde ce qu'il se passe dans toutes les affaires sensibles", selon Matthieu Aron. "Le pouvoir fait donc attention de mettre à cette direction quelqu'un qui a minima n'est pas un opposant".

Un cabinet noir ?

Mais peut-on pour autant parler d'un cabinet noir ? Non, selon la définition donnée par Matthieu Aron : "Un cabinet noir, ce sont des fonctionnaires de police qui se livreraient à un travail officieux pour protéger le Président de la République, et pour monter des coups tordus contre ses ennemis. Pour ce qui est de la protection du président, quand on voit tout ce qui avait été fait sous Mitterrand et quand on regarde ce qu'il s'est passé sous François Hollande, s'il y a eu un cabinet noir il a eu une efficacité limitée !" explique-t-il.

"Pour ce qui est de monter des coups tordus, il faudrait imaginer qu'un cabinet noir se soit organisé il y a 20 ans pour que Pénélope Fillon soit à l'insu de son plein gré la collaboratrice de son mari, qu'il ait fait recruter les enfants de François Fillon."

Après la lettre des soutiens de François Fillon au Parquet national financier (PNF) et au Parquet de Paris demandant des explications suite aux accusations du livre "Bienvenue Place Beauveau", Laurent Valdiguié dit espérer "que le Parquet réponde point par point aux accusations de ce livre". "Ce qu'il manque, c'est une voix qui explique comment ils travaillent", ajoute-t-il, précisant que la question d'une "trêve" en période électorale est une invention : "La justice s'est parfois interdite de juger des affaires en temps d'élection, mais jamais d'enquêter", dit le rédacteur en chef du JDD. Les deux journalistes reprochent à ce livre de se baser sur "beaucoup de supputations".

Présomption d'innocence et de culpabilité

N'est-il pas vicieux de chercher des affaires quand les représentants politiques sont sur le point d'accéder au pouvoir, ou y sont déjà, comme ce fut le cas avec Bruno Le Roux, plutôt que mettre en place un système visant à assurer une meilleure transparence ? "En général on ne connait pas les affaires à l'avance, ce sont des choses cachées qui ne sont pas portées à la connaissance du public", selon Laurent Valdiguié. Matthieu Aron précise "qu'année après année, le dispositif se renforce, on demande aux élus de déclarer leur patrimoine, et les conflits d'intérêt possibles".

Ces affaires, révélées par la presse, ne font-elles pas le jeu du Front National ? Matthieu Aron tient à apporter une précision : "On parle beaucoup de présomption d'innoncence. Mais quand un juge d'instruction met en examen une personne, ça s'appelle une présomption de culpabilité : le juge a un premier regard sur le dossier. Il regarde s'il y a des charges, et s'il y en a plusieurs, alors la personne est mise en examen. Cela signifie qu'il y a des éléments à charge incontestables".

"Une mise en examen ce n'est pas le début d'une enquête, ça veut dire qu'il y a déjà plusieurs charges".

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
  • 0145247000
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.