Le politologue et directeur du CEVIPOF est l’invité du 5/7, au lendemain du premier tour des élections législatives qui mettent en avant un profond renouvellement du Parlement.

Les élections législatives pourraient redessiner l'Assemblée nationale
Les élections législatives pourraient redessiner l'Assemblée nationale © AFP / Thomas Samson

Après le résultat du premier tour des élections législatives, très favorable au mouvement La République en Marche d'Emmanuel Macron, peut-on parler de vote d'adhésion aux thèses macronistes ? "Certainement", pour Martial Foucault, politologue et directeur du CEVIPOF, le centre d'études politiques de Sciences Po. "En tout cas pour les électeurs qui se sont mobilisés. Ils sont beaucoup moins nombreux qu'à l'élection présidentielle".

Son interprétation de la forte abstention qui marque ce premier tour : "Seuls les électeurs qui voulaient donner à Emmanuel Macron et son Premier Ministre les moyens de gouverner se sont mobilisés". Pour autant, "est-ce que ça veut dire pour autant que les 51% qui n'ont pas participé au scrutin sont totalement désintéressés ? Ou n'ont-ils pas trouvé dans leur circonscription un candidat qui correspondait à ce qu'ils voulaient voir mettre en oeuvre ?", se demande-t-il, d'autant plus que "quand on regarde les résultats ce sont des députés qui avaient plutôt un bilan honorable, très présents à l'Assemblée nationale, qui se retrouvent troisièmes ou quatrièmes", constate le chercheur.

Désillusion des nouveaux élus ?

Peut-on alors imputer ces résultats à un "dégagisme" ambiant ? "Je suis très mal à l'aise avec cette expression", explique-t-il : "le dégagisme laisserait entendre qu'il y avait une attente très forte autour d'un seul mouvement politique. C'est surtout une volonté de lutter contre la longévité parlementaire. Demander un troisième ou quatrième mandat, c'est trop aujourd'hui".

L'arrivée de nouveaux parlementaires, dont certains n'ont jamais été élus, va-t-elle modifier le quotidien de l'AN ? "C'est possible, de deux manières : beaucoup d'entre eux sont nouveaux, il faut espérer qu'ils n'aient pas une désillusion sur le travail parlementaire, qui est très long", répond Martial Foucault. "Il y a une deuxième lecture, qui est de dire que ces nouveaux députés veulent bien faire, veulent réussir, sur un programme politique qui n'est pas totalement clair, qui reste flou sur le plan social, sur le plan redistributif. Contrairement à son prédécesseur, Emmanuel Macron n'a pas énoncé une litanie de mesures sur lesquelles il sera précisément jugé".

"Il n'y avait pas 577 Jean-Luc Mélenchon"

Par rapport au score effectué par Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle, comment expliquer la dégringolade de la France Insoumise ? "C'est vrai pour lui, mais aussi pour Marine Le Pen", précise Martial Foucault. "Ca veut dire que la présidentielle est un moment où on met en avant la personnalité, où il y a une incarnation autour d'une seule personne. Or, pour ces législatives, il n'y avait pas 577 Jean-Luc Mélenchon ni 577 Marine Le Pen dans les circonscriptions. Les formations politiques ne peuvent pas compter sur 577 personnes hors normes pour incarner cette campagne".

Cela ne signifie-t-il pas aussi que les électeurs se sont montrés défavorables à l'idée d'une opposition radicale ? "La grande nouveauté pour cette élection c'est qu'on a un émiettement des oppositions : on ne sait pas exactement qui va incarner l'opposition, c'est une réussite d'Emmanuel Macron", répond le chercheur. Du côté de l'opposition chez Les Républicains, "ils pourraient probablement être tentés d'avoir deux groupes à l'Assemblée nationale, un groupe sur une ligne plus sarkozyste, plus dure, et un autre prêt à accompagner le Premier ministre de droite pour faire en sorte qu'Emmanuel Macron réussisse, ces cinq prochaines années".

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