Le journaliste de Society publie "La France qui Gronde" chez Flammarion, co-écrit avec Antoine Dreyfus. Les deux auteurs ont rendu visite aux Français qui "n'ont pas la parole".

Il existe une fracture entre les villes et les zones rurales, selon les auteurs (photo d'illustration)
Il existe une fracture entre les villes et les zones rurales, selon les auteurs (photo d'illustration) © AFP / Nicolas Tucat

A 25 jours de l'élection présidentielle, les journalistes Antoine Dreyfus et Jean-Marie Godard publient "La France qui gronde", une cartographie des Français à qui on ne donne pas la parole. Pourquoi avoir choisi cette exploration ? "On a l'impression d'avoir une vision partielle de ce qu'il se passe en France, au travers de notre métier, des journalistes, des médias", explique Jean-Marie Godard. "On voit le mouvement contre la loi travail, Nuit Debout, les grosses luttes syndicales, on a à côté plein de sondages d'opinion, et nous on s'est dit qu'il y a toute une frange de la population qu'on entend pas, qui est peut être aussi sous les radars des sondages", précise-t-il.

"C'est intéressant de sortir du flux de l'actualité quotidienne pour se poser auprès de ces gens-là".

Les auteurs n'ont pas constaté une, mais "plusieurs" fractures dans la population. Il n'y a pas un rejet global de la politique, mais "un rejet de la politique nationale, du côté politicien, spectaculaire, alimenté par les médias". La politique locale, elle, est plutôt préservée des critiques, selon Jean-Marie Godard. "Il y a aussi des fractures entre les grandes métropoles urbaines et les zones plus rurales, où la vie n'est pas du tout la même", ajoute le journaliste, soulignant "l'idée qu'aujourd'hui la politique ne s'intéresse plus qu'à la ville".

Front national et vote blanc

Le constat des deux journalistes, c'est que près d'un tiers de leurs interlocuteurs se disent près à glisser un bulletin Front national dans l'urne pour la présidentielle, "pour pas mal de raisons différentes", explique-t-il. "Les gens qui disent vouloir voter pour Marine Le Pen n'ont plus rien à voir avec l'électorat du Front national de Jean-Marie Le Pen. Il y a un vote de colère, des gens qui n'iront pas dans une manifestation mais iront mettre un bulletin FN dans l'urne. Il y a ceux qui veulent un Etat fort, le retour de l'ordre. Et clairement il y a des gens qui ont peur de tout ce qu'il se passe autour des migrants, il y a les gens engoncés dans des situations sociales très difficiles et pour qui tout ce qui vient de l'extérieur est un danger", explique Jean-Marie Godard.

Mais le livre n'est pas consacré uniquement au vote FN, et les deux reporters ont rencontré d'autres profils attirés par le vote blanc notamment : "On a une demande unanime pour la reconnaissance effective du vote blanc", selon Jean-Marie Godard. Et de citer en exemple une enseignante rencontrée dans le Maine-et-Loire, "une boule d'énergie qui innove avec ses élèves, les emmène dans les vignobles pour parler Beaudelaire, qui a accueilli des sans-papiers, mais qui refuse de se syndiquer et qui n'ira pas voter".

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