Patrick Stefanini, haut fonctionnaire, directeur adjoint du cabinet de Matignon en 1995, et le sociologue Jean-François Amadieu sont les invités d'Éric Delvaux pour aborder la réforme des retraites présentée par le gouvernement.

Les deux invités du Grand entretien reviennent sur les similitudes avec la grève générale de 1995, et sur l'avenir du mouvement actuel contre la réforme des retraites, alors que la période de Noël approche.

"La crise était plus forte en 1995 qu'aujourd'hui"

En 1995, la grève avait été qualifiée de "décembre noir" : aujourd'hui, le mouvement contre les retraites partage, lui aussi, cette proximité avec les fêtes de fin d'année. "C'est difficile dans un pays comme le nôtre d'envisager que les trains ne circulent pas en période de Noël", explique Patrick Stefanini, directeur adjoint de cabinet à Matignon en 1995. À l'époque, Alain Juppé annonce sa volonté de réformer l'Assurance maladie, et de supprimer du même coup les régimes spéciaux. "La crise était d'une intensité plus forte qu'aujourd'hui, notamment en province", assure Patrick Stefanini. Ce qui a fonctionné, puisque "Jacques Chirac a demandé à Juppé de retirer sa réforme des retraites".

Patrick Stefanini, invité du Grand entretien le 14 décembre 2019
Patrick Stefanini, invité du Grand entretien le 14 décembre 2019 © Radio France / France Inter

Une unité syndicale "exceptionnelle"

Cette semaine, la CFDT a annoncé qu'elle se retirait à son tour des négociations, la faute à la "ligne rouge" franchie par le gouvernement qui souhaite instaurer l'âge pivot à 64 ans. La CFDT est pourtant l'un des syndicats réformistes, de même que l'UNSA, très influent sur l'avenir de cette grève, comme en juge Jean-François Amadieu : "l'UNSA est très présente dans les transports, notamment à la RATP à Paris". Selon le sociologue, "l'UNSA et la CFDT sont réformistes, ils peuvent accepter la réforme systémique, mais certainement pas l'âge pivot à 64 ans".

On observe également dans ce mouvement de grève que l'unité syndicale commence à se créer : "C'est un fait exceptionnel, avec notamment un défilé commun qui est prévu. Songez que les 1er-Mai, ça n'arrive jamais, pour les journées interprofessionnelles non plus, la CFDT fait bande à part en général", rappelle Jean-François Amadieu.

Jean-François Amadieu, invité du Grand entretien le 14 décembre 2019
Jean-François Amadieu, invité du Grand entretien le 14 décembre 2019 © Radio France / France Inter

L'erreur du gouvernement : "faire deux réformes en même temps"

Patrick Stefanini juge : "Il y a une leçon qui n'a pas été tirée de 1995, c'est de faire deux réformes en même temps. Juppé a voulu réformer l'Assurance maladie et, du même coup, supprimer les régimes spéciaux. Là, c'est pareil : on aurait pu différencier la suppression des régimes spéciaux, auxquels les Français ne sont plus si hostiles que cela, et l'introduction de ce système à points."

  • Légende du visuel principal: Manifestation contre la réforme des retraites, le 12 décembre 2019, à Toulouse. © AFP / Valentin Belleville
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